Tag Archive for disney

Toy Story 3 de Lee Unkrich

Retrouver les héros qui ont bercé notre enfance en image de synthèse, onze après leur dernière “Histoire de jouets », est un régal ! Qu’on se le dise : Toy Story 3 est une réussite. Les dernières productions Pixar, pourtant acclamées par le public et la presse, ne faisaient guère rêver : comment s’émouvoir d’un pépé grincheux et sa maison-montgolfière (Là-Haut), ou comment gâcher une histoire d’amour entre d’adorables robots ? En faisant apparaître des humains obèses derrière une tirade politico-écolo (Wall-e) ?

« Un côté faussement naïf… »

Toy Story 3 narre la nouvelle vie des jouets d’Andy, 17 ans, qui rentre à l’université ; certains sont destinés au grenier, d’autres à la poubelle…
Finalement, ils se retrouveront dans une garderie très «spéciale».

Malgré le côté enfantin, faussement naïf du dessin animé, des thèmes «adultes» sont abordés à plusieurs reprises tout le long du film. Le premier est sans aucun doute le « temps » qui passe : Andy , devenu ado, préfère désormais tapoter sur son clavier d’ordinateur que de jouer avec Woody, Buzz, Zig-Zag et les autres (et on le comprend !), est ainsi le point de départ de cette aventure.

toy-story-3-toy-story-cinema

À partir de là, les jouets se scinderont en deux clans : ceux qui verront là une nouvelle opportunité de vie, de jouer avec d’autres enfants (n’est-il pas là le but d’un jouet ?), et ceux qui resteront fidèle à Andy (un jouet appartient toujours à son « maître »).
Ce dernier groupe ne sera finalement composé que de… Woody !

Très vite, la plupart se retrouveront à la merci des enfants d’une crèche dirigée par un mystérieux nounours rose. Encore une fois, l’union fera la force à plusieurs reprises pour sortir la troupe de mauvais pas.

« Un chef-d’œuvre qui s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants »

Dans la lignée de ses deux prédécesseurs, Toy Story 3 brille non seulement par ses animations graphiques mais aussi, et surtout, par son humour et sa mélancolie. Nombreuses sont les scènes qui nous feront sourire, voire rire, à commencer par les traditionnelles disputes de la famille Patate, des crétineries de Rex, du couple Ken/Barbie ou encore de ce Buzz l’Éclair mode «espagnol» (dont le running gag s’essouffle bien rapidement).
Mais ce troisième opus est aussi marqué par une pointe de tristesse, distillée pixel par-ci par-là. La séparation des jouets entre eux et d’Andy est évidemment une des principales raisons.
Le dernier quart d’heure du métrage, chargé d’émotions, verra ainsi une scène, qui n’est pas sans rappeler Wall-e, tirant les larmes aux yeux au possible des spectateurs. La scène finale en fait sans doute beaucoup trop dans le même genre, mais peu importe. Le générique clôture efficacement, et avec humour, ce chef-d’œuvre d’animation !

La 3D de ce dessin animé est, comme la plupart des films 3D, complètement inutile. Pas de profondeurs de champs ou d’éléments qui « sortent de l’écran », toujours une image assombrie par contre… Préférez la version « 2D » qui vous reviendra moins cher !

Aussi bon que les deux premiers, Toy Story 3 s’élève au rang de chefs d’œuvre de films d’animation s’adressant aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Un voyage trop court dans ce pays où chaque jouet a son petit bout de vie, où chaque jouet devient acteur, comique, vecteur d’émotions, le temps de nous faire rêver dans un univers qu’on aimerait réel…

ENQUÊTE : DISNEYLAND PARIS, LA RÉALITÉ DERRIÈRE LES SOURIRES

MàJ septembre 2016 : cet article datant d’il y a sept ans, il est nécessaire d’avoir du recul car certains éléments ont peut-être changé. Par conséquent, merci de prendre cette notion en compte. Ce papier draine de nombreux commentaires qui oublient parfois cela. J’ai d’ailleurs fermé la possibilité d’en écrire. Merci de votre compréhension.

_______

Contexte • Disneyland Paris est un complexe de loisirs qui s’étend sur près de 2 000 hectares, à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne). Unique en Europe, il a ouvert il y a 17 ans (lire encadré). Chaque année, il accueille en moyenne 14 millions de visiteurs, dont «30 % sont des étrangers», assure-t-on chez Disney. De nombreux jeunes sont embauchés en tant que saisonniers sur les différents lieux du site : les hôtels, les attractions des deux parcs, etc. Les témoignages de ces jeunes sont rares. Toutes les interviews officielles sont formellement encadrées par le service de communication, qui contrôle ce qu’ils disent.

« Il ne faut pas briser la magie Disney »

L’actu a interviewé des jeunes qui travaillent, ou ont travaillé, à Disneyland Paris. Pour certains, c’est le bonheur ; pour d’autres, l’horreur.

Les coulisses • Travailler à Disneyland Paris est-il aussi magique que l’univers Disney semble l’être ? Pour certains jeunes embauchés, c’est le cas ; pour d’autres, c’est le contraire. L’actu a interviewé de façon officielle deux saisonniers et a rencontré d’autres employés qui ont accepté de témoigner anonymement.

Les rôles • «Je travaille ici chaque été depuis quatre ans, explique Loïs, 25 ans. Cette année, je suis groom à l’attraction «La Tour de la terreur», du parc Walt Disney Studios.» Une expérience qu’il juge «intéressante, car on est un peu déconnecté de la réalité, on joue un rôle pour mettre les clients dans l’ambiance. J’adore !» Audrey, 25 ans, travaille pour la première fois chez Disney : «Je voulais le faire depuis longtemps. Je parle anglais, russe et néerlandais, ça a joué pour mon embauche. Je suis très polyvalente, mais je fais surtout de l’accueil.» Les deux saisonniers n’ont pas le droit de dévoiler leur salaire.


Loïs, groom à « La Tour de la terreur » et Audrey, hôtesse polyvalente.

La surveillance • D’anciens employés et d’autres rencontrés dans le parc précisent des éléments que la direction ne voulait pas communiquer. Notamment sur les conditions de l’entretien d’embauche. «On m’a fait attendre des heures et des heures dans une salle où l’on passait des vidéos Disney, explique Patrick*, 21 ans à l’époque. Après, on m’a donné le contrat et soit je le signais immédiatement, soit je n’étais pas engagé !» Une méthode que confirme Jessica*, 20 ans lors de son embauche. «Mon entretien était identique, c’est assez bizarre. J’ai travaillé dans un restaurant, l’ambiance entre collègues était cool ! En revanche, il y avait des souris et des mulots partout…» Patrick, lui, a été affecté à plusieurs attractions, dont le «Star Tour». «C’était très sympa, on s’occupait de tout : l’accueil, la présentation de l’attraction et sa mise en marche. Ce qui m’énervait, c’est que je devais caser la marque d’un sponsor pendant un de mes pitchs.» Élément positif : «J’ai gardé le contact avec des collègues espagnols, canadiens…»

« Une excellente école » pour Franck, « pire qu’au McDo » selon Patrick.

Jessica revient sur ses conditions de travail : «J’étais payée au Smic pour 35 heures, je ne m’attendais pas à plus, j’ai trouvé ça honnête.» Un avis que ne partage pas Patrick : «On avait des responsabilités, on exigeait de nous un comportement exemplaire, on méritait plus que le Smic.» Franck*, 22 ans, confirme : «Je trouve qu’on bosse beaucoup pour gagner peu. Mais c’est une excellente école pour apprendre les langues.» Patrick garde d’autres mauvais souvenirs de son job : «C’est pire qu’au McDo. Nous étions surveillés en permanence. Une équipe spéciale se mélangeait aux visiteurs et son rôle était de nous surveiller et de nous réprimander si l’on agissait mal. Par exemple, si on ne souriait pas assez. C’est ridicule, on était conditionnés comme en usine !» Selon Jessica, «c’est pour ne pas briser la magie Disney… On devait aussi parler dans un langage particulier, chaque bâtiment avait le nom d’un personnage, on ne devait pas dire client mais guest, etc. C’était très lourd !» Quant à ceux qui travaillent sous le costume d’un personnage de Disney, «ils crèvent de chaud, ont mal partout et ont des problèmes d’articulations», assure Jessica.

* Les prénoms sont modifiés.

Les chiffres • 14 500 personnes travaillent à Disneyland durant l’année, dont 87 % en Contrat à Durée Indéterminée (CDI). Environ 500 personnes embauchées en Contrat à Durée Déterminée (CDD) signent ensuite un CDI. 500 métiers sont recensés dans le complexe Disneyland. Cela va de l’hôtesse d’accueil au guide dans les parcs d’attractions, en passant par le danseur dans la parade ou encore le « personnage Disney ». 100 nationalités parmi les employés du site. Pour mieux accueillir les étrangers, 19 langues y sont parlées.

Le saviez-vous ? • En 2008, quel nombre de visiteurs a été franchi à Disneyland Paris ?
200 millions.

Un complexe aux noms complexes

1992. L’ensemble du complexe Disneyland Paris voit le jour le 12 avril. À l’époque, il se nomme Euro Disney Resort.
1994. Le 1er octobre, sa dénomination change et devient Disneyland Paris.
2002. Dès le 1er janvier, le complexe est renommé Disneyland Resort Paris. En mars 2002, l’ensemble s’agrandit. Le parc Walt Disney Studios ouvre ses portes.
2009. En mai, le nom du complexe et de son parc d’attractions redevient Disneyland Paris.

À propos de cette enquête : «Est-ce que les gens dans les costumes des personnages de Disney sourient quand on les prend en photos ?» C’est à partir de cette question, que m’a posé un enfant de 10 ans, qu’est venue l’idée de cet article.
À la base, il devait se concentrer sur des jeunes qui travaillent à Disney, et notamment les personnages costumés. Seulement, je me suis vite rendu compte qu’il allait être difficile d’obtenir aisément des témoignages et l’angle du papier a beaucoup évolué.
En mai 2009, l’attachée de presse de Disney a été formelle : «pas d’interviews des employés costumés, pour ne pas briser la magie Disney…» Deux mois plus tard, j’ai enfin obtenu un rendez-vous pour interroger des jeunes sur leur lieu de travail . Sauf qu’au lieu de quatre à cinq employés désirés, il n’y en avait que deux, dont un dégoté le matin même ! L’interview de la personne qui recrute les saisonniers a été annulée car elle n’avait pas de temps disponible.
Pendant les entretiens, l’attachée de presse ne voulait pas que les employés évoquent leur salaire et heures de travail, toujours pour « ne pas briser la magie Disney…». J’ai donc récupéré des numéros de téléphone et mails d’autres salariés, ceux qui ont parlé anonymement -et que je remercie à nouveau au passage-, et effectivement il y avait des choses à dire !
Le nouveau but était de montrer cette autre réalité, derrière les sourires, sans pour autant critiquer Disney de façon négative à l’extrême, ce que je pense avoir réussi… Chacun a les avis des uns et des autres, les bons côtés du métier et les moins bons. Certains ne trouvent pas honnête cette manière de travailler, personnellement, c’est une méthode que j’approuve à 100%. Évidemment, l’attachée de presse était furax quand elle a lu l’article : mail et nombreux coups de téléphone… Mais c’est aussi ça le journalisme ! De l’investigation ! Des révélations pour le droit à l’information. C’est d’ailleurs, ce qui se rapproche le plus de l’idée que je me fais de ce métier, et je suis fier de cette enquête, qui n’a pas été aussi simple à effectuer et à rédiger que je ne le pensais, mais j’ai adoré !

■ Cet article est paru dans le quotidien L’actu, le jeudi 6 août 2009.

■ Textes et photos : Thomas Suinot // Dessin : Yacine // Photo couv : AFP // Logo : Disney ©