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Les Comics au Cinéma : La Bande Décimée ?

■ Je vous en parlais fin février dernier, mon papier sur les adaptations de comics au cinéma a été publié dans le mensuel indépendant Brazil. Thor est sorti la semaine dernière, les infos pleuvent sur les autres super-héros qui vont arriver dans les salles obscures, bref c’est le bon moment : voici donc l’article en entier !

Thor débarque fin avril sur nos écrans, il sera suivi début juin de XMen : First Class, puis de Green Lantern et Captain America en août. Les premières images issues des teasers ne sont guère rassurantes. Adapter un comic book au cinéma n’est pas chose aisée, nombreux s’y risquent et si, souvent, le résultat au box-office est positif, voire glorieux pour certains, la satisfaction d’un fan de l’œuvre originale ne l’est pas forcément. Encore moins lorsque ce même fan a un penchant cinéphile et aime une mise en scène soignée, un scénario brillant, un jeu d’acteurs parfait, une belle photographie, etc. Peut-être qu’un fan exige la perfection lorsqu’un réalisateur se tente à filmer les aventures de ses héros d’encre et de papier mais peut-être -sûrement- qu’il a raison. Deux experts en comics confient leur ressenti global sur les adaptations.

Jérémy Mannesse, traducteur de bandes dessinées (www.jeremymanesse.com) chez Panini Comics (Preacher, Transmetropolitan, Batman : Secrets…), est « plutôt bon public et pardonne facilement quand les films ne remplissent pas la tâche impossible de concentrer la quintessence de quarante ans de vie en 1h30 ».
Le blogueur Neault, spécialiste des comics books (http://comicsmarvel.blogspot.com) est beaucoup plus sélecte : « J’apprécie en général très peu les adaptations. Le problème avec la fidélité, c’est que la plupart des gens ne la placent pas au bon endroit. »

« Ce qu’il faut retrouver dans une adaptation, c’est l’essence du personnage »

Par exemple, « Peter Parker, c’est un type qui a plein d’emmerdes dans sa vie privée et qui s’éclate lorsqu’il endosse son costume de super héros. C’est tout. Il est donc ridicule de lui coller des problèmes d’adolescents alors qu’il est trentenaire ou de refuser de le faire grandir » confie Neault, Cyril de son prénom. « Ce qu’il faut retrouver dans une adaptation, c’est l’essence du personnage, sa couleur, son parfum. Après, ne pas respecter telle ou telle anecdote présente dans le matériel original, ce n’est pas bien grave. Les auteurs de comics euxmêmes ne les respectent pas toujours. »
On peut distinguer aisément plusieurs catégories d’adaptation : les divertissantes, qui se veulent à la fois fidèles au support original, tout en étant blockbuster, principalement destinées aux ados et jeunes adultes, comme les Iron Man, Spiderman, XMen… Celles-ci sont souvent décriées par les fans extrêmes, mais globalement appréciées par le grand public, voire la « critique presse ». Les adaptations familiales, se forçant à séduire le plus large public possible, des petits et grands : on retiendra surtout Les 4 Fantastiques et sa suite avec le Surfeur d’Argent en tête des bides.

Jérémy s’explique : « Des adaptations que les fans de l’original trouvent réussies, elles se comptent sur les doigts de la main, parce que la notion de fan englobe toujours une certaine psychorigidité. Hurler parce qu’on n’a pas de pieuvre géante, parce que Cyclope est tué en deux scènes ou parce que la Veuve Noire n’a pas l’accent russe, c’est un peu vain. On dit souvent que traduire, c’est trahir, mais adapter aussi. Et les fans ont une certaine propension à enculer les mouches, ça ne date pas d’hier. »

« Les lecteurs sont marginaux, même aux États-Unis, ils ne représentent rien
face au public potentiel d’une grosse production hollywoodienne »

Neault s’étend : « Les adaptations sont le plus souvent mal fichues parce qu’elles ne s’adressent pas aux lecteurs de comics, mais à un public familial le plus large possible. Les lecteurs sont marginaux, même aux États-Unis, ils ne représentent rien face au public potentiel d’une grosse production hollywoodienne. Et les décideurs veulent ratisser large, ce qui se comprend, mais pour se faire, ils emploient de mauvaises méthodes. Ils ne veulent surtout pas être «segmentant» et se couper d’une partie du public (parce qu’au final, tout le monde connaît Spider Man ou Superman, même sans lire les séries). »

« Malheureusement, vouloir plaire à tout le monde, c’est souvent le plus court trajet vers le fade et la tiédeur. C’est aussi un peu un cercle vicieux auquel participent media et fans. On fait tout un plat du casting, du design des costumes, des effets spéciaux. Mais tout cela, ce n’est rien, ce sont les ustensiles. Une fois qu’on a de beaux couverts, on aimerait bien manger avec. Et manger, c’est sale, ça laisse des traces de gras ou de sang autour de la viande, cela suppose du vécu, de l’épaisseur. Trop souvent, les adaptations de comics se limitent aux couverts. On admire les fourchettes, mais on ne s’en sert pas ».

« Insuffler un peu de vie dans des costumes trop souvent vides »

« Le problème principal n’est pas que les réalisateurs ou les scénaristes soient fidèles ou non aux personnages, continue le blogueur, le problème vient du fait qu’ils ne s’en servent pas. Ils les exposent comme des statues de cire, sans jamais penser à insuffler un peu de vie dans leurs costumes trop souvent vides. Une adaptation, ou même une histoire originale, c’est une vision, ce n’est pas fait pour que tout le monde y adhère (et c’est même souvent en ne se préoccupant pas de « recettes » établies que l’on trouve l’adhésion). Je ne crois d’ailleurs pas que l’on puisse écrire en se posant sans cesse la question de savoir si l’on va plaire ou non. Les écrivains et les réalisateurs ne sont pas des publicitaires, il serait bon qu’ils s’en souviennent parfois ».
Dans les oeuvres à controverse, on peut aisément citer Wanted, Hellboy, 300, The Crow, 30 jours de nuit, From Hell, Hulk (d’Ang Lee)… « J’ai beaucoup d’affection pour celui-ci, qui est un film d’auteur, alors que j’ai trouvé celui de Leterrier assez pourri du point de vue de l’écriture » se souvient Jérémy Manesse. Sa méthode pour éviter la déception ? « Quand je vais voir un film tiré d’un comics, j’oublie l’oeuvre originale, c’est le meilleur moyen de passer un bon moment. »

Pour le plaisir, évoquons gratuitement les immondes Daredevil, qui pourtant bénéficiera d’un spin-off tout aussi mauvais : Elektra. Sans oublier Ghost Rider, dont une suite arrivera prochainement… La Ligue des Gentlemen Extra-Ordinaires, ou comment détruire un mythe du neuvième art, et même The Spirit, mis en scène par Frank Miller, auteur de comics et co-réalisateur du pourtant très réussi Sin City (de Robert Rodriguez). Ce dernier est un chef-d’oeuvre à tous points de vue : la photographie, le casting, le scénario, la réalisation et évidemment une fidélité hors pair aux tomes originaux de… Miller. Les adaptations « one-shot », dont seul un volume est à l’origine de l’histoire, ont un résultat souvent excellent : A History of Violence, V pour Vendetta et, surtout, Watchmen.

LE CAS WATCHMEN

Ce dernier, chef d’oeuvre d’Alan Moore, a été adapté à l’écran par Zack Snyder qui avait déjà réalisé 300, un comic de Frank Miller. Selon Neault, « Watchmen est une tentative vraiment honnête et plutôt réussie. On ne s’ennuie pas (ne pas emmerder son auditoire, c’est tout de même un critère important lorsque l’on raconte une histoire), les personnages sont respectés, les effets sont au service du récit et non l’inverse, et puis il se dégage quelque chose d’indéfinissable, dont personne n’a vraiment la recette, et qui fait que l’on a parfois des frissons de plaisir en étant embarqué dans un univers ».

De rares éléments ont été intelligemment modifiés pour le long-métrage et le résultat est tout bonnement excellent. Curieusement, Jérémy Manesse n’approuve pas à 100% ce film : « Watchmen est très fidèle, certes, mais le style de Snyder ne colle pas du tout à l’univers de la BD. Du coup, dès qu’il y a des scènes d’action, on s’ennuie, et l’ensemble est un peu trop esthétisant à mon goût ».

« Il suffit tout simplement de ne pas prendre le spectateur
(et accessoirement lecteur) pour un idiot »

Il ne faut pas se leurrer : ce qui poussent les producteurs à tenter l’aventure avec l’adaptation d’un comic, c’est avant tout le fric qui peut être engendrer. Peu se soucient de la possibilité de voir une œuvre cinématographique artistiquement réussie. « C’est une machine à fric, évidemment, mais comme tout ce qui est film à grand budget. Ça n’empêche pas la qualité. Moi, je continue à prendre du plaisir à voir les adaptations, et ça a le mérite de mettre en lumière ce médium » confie Manesse. Effectivement, « de nos jours, ce sont plutôt les considérations commerciales qui priment » ajoute Neault. Rien de bien nouveau donc, pas la peine d’engendrer un débat inutile là-dessus.

« Un film de super héros tiré d’un comic book peut être divertissant et intelligent ! »

Heureusement il existe des auteurs, comme Christopher Nolan, talentueux metteur en scène qui livre de véritables bijoux du septième art, lorsqu’on leur confie un personnage tel que Batman. Un scénario adulte qui montre qu’il suffit tout simplement de ne pas prendre le spectateur (et accessoirement lecteur) pour un idiot.

Le résultat est là : plus d’un milliard de dollars de recettes dans le monde, troisième plus gros démarrage de tous les temps aux États-Unis (derrière le troisième volet du Seigneur des Anneaux et Titanic) et on ne parle pas des ventes Blu-Ray/DVD. Oui, un film de super héros tiré d’un comic book peut être divertissant (n’est-ce pas là l’un des buts du cinéma après tout ?) et intelligent !
Un concept que souhaite Joss Whedon, auteur de comics et célèbre créateur de Buffy contre les Vampires, pour The Avengers, prévu pour l’année prochaine. Un long-métrage qui fera un carton quoi qu’il arrive : Iron Man, Hulk, Captain America et plein d’autres icônes Marvel réunies dans le même film. Seul hic, de l’aveu même du metteur en scène : « Je ne suis pas très doué à la réalisation ». Il n’est pas trop tard pour changer alors ! Dans un avenir proche, on ne voit que deux films comme valeurs sûres : The Dark Knight Rises, qui bouclera la trilogie de l’homme chauve-souris et le Wolverine revisité par Darren Aronofsky (The Wrestler, Black Swan, Requiem for a Dream), qui devrait faire oublier la fade réalisation de Gavin Hood.

■ Un article relativement long (plus de 10.000 signes), qui n’était pas si simple à écrire que ça en a l’air. Le sujet étant extrêmement vaste et ayant carte blanche, je souhaitais réaliser une sorte de « dossier » en trois parties (les bides, les succès, les projets), mais c’était finalement trop complexe à mettre en place.
Je ne savais pas trop comment angler mon papier, de plus la liste des adaptations est sans fin, le but n’était pas de citer tous les films et les critiquer. Et puis cela aurait était trop « déplacé » tant les avis sont subjectifs, ça n’aurait eu aucun intérêt.
Finalement les avis « d’expert » se sont imposés d’eux-mêmes, à la fois logiques, utiles et brillants. Je connaissais déjà Neault (je vous conseille et reconseille encore son blog, une mine d’or pour ceux qui découvrent ou lisent des comics régulièrement), je le savais franc et bavard, c’était l’idéal. Le travail de Jérémy Manesse n’est plus à prouver dans le monde des comics, cela faisait un autre interlocuteur tout aussi intéressant !
Du coup l’article est principalement composé de leur citations, mais ce n’est pas plus mal, « j’interviens » pour mieux rappeler tel ou tel film, redonner des infos, etc. Au final on lit presque un dialogue entre les deux, mais c’est passionnant !
Les deux entretiens (mêmes questions aux deux personnes) regorgent d’informations et d’avis extrêmement intéressants, mais malheureusement je ne pouvais pas tout mettre dans l’article… qui dresse, en fait, un bilan sans prétention des adaptations. Toutefois cette lecture est peut-être davantage réservée à un lectorat connaisseur et amateur des comics ? Je ne sais pas trop, j’attends vos avis ;-)
Pour terminer, je suis assez fier d’avoir été publié dans Brazil, cela faisait plus d’un an qu’un de mes articles n’avait pas été imprimé et sorti sur du « papier », c’est toujours agréable !
(Pour info : j’écrirai à nouveau pour le mensuel, peut-être pour cet été si tout va bien.)

Le numéro 38 de Brazil 2 – le cinéma sans concession($) sort dans les kiosques ce mercredi 23 février.

Brazil est un mensuel de cinéma indépendant, chaque rédacteur qui y travaille est libre d’écrire ce qu’il désire sur son sujet . Aucune obligation ou pression quelconque n’est imposée. Dis comme ça, ça peut paraître « normal », sauf que dans le milieu, c’est de plus en plus rare…

Vous trouverez dans ce nouveau numéro un de mes articles, sur les adaptations de comics au cinéma !

Thor débarque fin avril sur nos écrans, il sera suivi début juin de XMen : First Class, puis de Green Lantern en août. Les premières images issues des teasers ne sont guère rassurantes. Adapter un comic book au cinéma n’est pas chose aisée, nombreux s’y risquent et si, souvent, le résultat au box-office est positif, voire glorieux pour certains, la satisfaction d’un fan de l’œuvre originale ne l’est pas forcément. Encore moins lorsque ce même fan a un penchant cinéphile et aime une mise en scène soignée, un scénario brillant, un jeu d’acteurs parfait, une belle photographie, etc. Peut-être qu’un fan exige la perfection lorsqu’un réalisateur se tente à filmer les aventures de ses héros d’encre et de papier mais peut-être -sûrement- qu’il a raison. Deux experts en comics confient leur ressenti global sur les adaptations.

Pour lire la suite, achetez le magazine !

J’y évoque les adaptations honorables, les bides et les cultes, autour d’une double interview : celle de Neault, blogueur reconnu et critique de comics, et celle de Jérémy Manesse, traducteur de bandes dessinées qui officie chez Panini Comics.

Black Swan : Aronofsky cygne un chef-d’œuvre

Un film d’Aronofsky suscite toujours une attente incommensurable et Black Swan ne déroge pas à la règle. En chantier depuis une dizaine d’année, le dernier né du réalisateur de Requiem for a Dream est sorti le 9 février 2011.

Quid de ce Black Swan ? Le célèbre ballet Le Lac des Cygnes est revisité dans un univers dramatique et onirique : Nina (Natalie Portman) cherche à décrocher le rôle de la Reine des Cygnes dans l’adaptation que dirige Thomas (Vincent Cassel). Surprotégée par sa mère (Barbara Hershey) et prête à tout, elle est rapidement confrontée à sa concurrente Lily (Mila Kunis) ainsi que ses démons intérieurs.

Black Swan s’ouvre sur une scène de danse incroyable avec une image granuleuse : le film ressemble à un documentaire. C’est voulu. Comme pour son précédent métrage, The Wrestler, Aronofsky a souhaité coller au plus près de son personnage avec un style docu/réaliste (il voit d’ailleurs Black Swan et The Wrestler comme un diptyque, les deux se complètant). Au fur et à mesure, l’image devient d’ailleurs beaucoup plus nette, lisse, plus on arrive vers la première publique du ballet, plus la photographie devient « numérique ».

« Natalie Portman au sommet de son art »

Le casting est très bon (Vincent Cassel joue un rôle qui revient souvent dans sa filmographie mais il reste efficace). Les autres seconds couteaux sont parfaits, à commencer par la mère de Nina (glaçante Barbara Hershey). La concurrente (terrible Mila Kunis) et la star déchue (Winona Ryder) excellent aussi. Mais c’est surtout, et évidemment Natalie Portman qui est au sommet de son art. Sa fragilité, sa sensualité, son obsession, tout l’habite, le spectateur aussi. On souffre avec elle, on a envie de lui donner quelques claques et on a peur de son côté noir.

La mise en scène reste sobre mais très travaillée : les jeux de miroir ne se comptent plus et les quelques plans séquences procurent des frissons. À commencer par l’ouverture et -surtout- la scène finale (les dix dernières minutes sont véritablement intenses, on reste scotché à son siège), ce moment où Nina se lâche complètement pour devenir ce Black Swan est inoubliable : à la fois beau, délivrant, et angoissant (chapeau aux effets spéciaux au passage).

La musique de Clint Mansell est magistrale. Son travail de composition, superbe, nourri les scènes avec une intensité dramatique hors pair. Il reprend avec brio les partitions de Tchaïkovski pour mieux les recracher dans une ambiance violente.

« Un ballet schizophrénique touchant (…)
un chef d’œuvre, une tragédie moderne et fantastique. »

On peut reprocher au cinquième film de Darren Aronofsky un manque de surprise, tout est quasiment prévisible, pour peu qu’on ait vu la bande-annonce et The Wrestler. Néanmoins, plusieurs niveaux de lecture sont clairement indiqués et on prendra plaisir à voir et revoir ce ballet schizophrénique touchant. Certes Black Swan retourne moins l’estomac que Requiem for a Dream, certes il émeut moins que The Fountain et The Wrestler mais il n’en demeure pas moins un très très bon film.

L’impact produit par la fluidité et la douceur des pas de danse, la fureur et la crasse dégagées par la danseuse, mélangées aux sonorités bouleversantes et poignantes de Mansell font de Black Swan un chef-d’œuvre, une tragédie moderne et fantastique.

■ Rédigée en très peu de temps et sur un coup de tête, cette critique est à la base une réponse (en commentaire) d’un billet sur Black Swan par un blogueur ami qui n’a pas aimé. Il faut que je revois le film et que je travaille sur une analyse plus poussée. En attendant, ça donne un avant-goût. Enfin bref, allez le voir. (Oui je sais, le titre est naze.)

MàJ (11/02/11) : Réécrite (un petit peu) aujourd’hui pour le webzine Ça Dépend Des Jours ! J’aime beaucoup la mise en page du site ! Je trouve que le texte et les images choisies rendent très très bien.

Interview : Maxime Schucht (Oxygen)

Depuis 2002, Maxime Schucht est le chanteur et compositeur d’Oxygen, un groupe qui délivre une alchimie parfaite entre l’efficacité des mélodies pop et la noirceur mélancolique du son rock. Leur nouvel album est sorti le 3 mars : Le dernier clair de lune, six ans après leur premier opus déjà prometteur, Poussière d’étoiles, puis en 2006 Supernova & the Dark Side of the Pop. Oxygen sera à La Boule Noire le 3 avril. L’occasion pour le groupe de jouer en live sa nouvelle set-list. Entretien avec le charismatique leader.


Avant de lire cette interview je vous invite à la télécharger en pdf ! Cinq pages avec une petite maquette créée pour l’occasion, n’hésitez pas à me laisser votre avis svp ! Un petit aperçu pour vous donner l’envie ! (Vous pouvez aussi cliquer sur les images pour les voir en plus grandes mais elles seront en basse définition).

CLIQUEZ ICI POUR LIRE CETTE INTERVIEW AVEC UNE MISE EN PAGE SPÉCIALE

Comment est né Oxygen ?

Maxime : Après la séparation de mon premier groupe (Vitamins), j’ai mis la musique un peu de côté pendant une année puis j’y suis naturellement revenu assez rapidement. J’ai alors décidé de me lancer dans un projet, tout d’abord seul mais sous un nom de groupe ,en attendant de rencontrer les bonnes personnes avec qui partager l’aventure. Anne, Pierre et Stéphane ont successivement rejoint le projet et ainsi est né Oxygen dans sa forme définitive.

Vos albums évoquent beaucoup l’amour, la sexualité, la mort, un coté « romantisme noir ». Des thèmes qui touchent beaucoup les adolescents, majeure partie du public d’Oxygen, vous attendiez vous à cela ?

J’aborde ces thèmes de manière assez naturelle puisqu’ils traduisent finalement mes préoccupations, mes émotions et mon ressenti dans la vie. Je suis très attiré par tout ce qui touche aux émotions et aux sensations et j’essaye de retranscrire cela dans la composition et l’écriture. Je ne me suis jamais dit « tiens je vais écrire pour un certain public », le fait de toucher particulièrement un public adolescent a donc été a la fois une surprise tout en étant assez naturel puisque je pense que je suis encore un peu prisonnier de tous les doutes propres à l’adolescence. Je n’ai peut-être pas vraiment fini de grandir.

La chanson Outre-Tombe parle de vos premières parties d’Indochine sur la tournée Alice & June. Des angoisses et de l’extase procurés à ce moment. Comment s’est déroulée cette aventure ?

Nicola Sirkis a écouté notre musique, est venu nous voir en concert et a, j’imagine, apprécié ce qu’il a vu et entendu. Début 2006 il a évoqué dans des inteviews son envie de nous prendre en première partie mais nous n’avions pas encore eu de contacts direct à ce sujet avec lui. C’est durant l’été 2006 que nous avons reçu un coup de fil de Nicola pour nous proposer les premières parties. Nous étions complètement euphoriques car c’était un double événement pour nous, à la fois connaître le frisson de très grandes salles de concert mais également la joie d’ouvrir pour un groupe qui a énormément compté dans nos vies musicales. Après l’euphorie est venue l’angoisse d’être à la hauteur, car se retrouver devant 7 000 à 12 000 personnes qui ne sont pas venus pour vous au départ n’est pas quelque chose de facile ! Nous avons énormément travaillé pour être vraiment prêts.

L’expérience a été incroyable, un mélange de stress et de rêve, c’était magique d’entendre notre musique se propager dans ces grandes salles, le public a été adorable et nous a réservé un accueil chaleureux, toute l’équipe de la tournée nous a également vraiment bien accueillis ! Ces concerts resteront gravés dans ma mémoire comme quelques uns des plus beaux moments de ma vie.

Quelles sont vos influences ?

C’est toujours difficile de citer des influences sur le plan musical, parce qu’on écoute beaucoup de choses très différentes que l’on ne reconnaît pas nécessairement au premier abord dans notre musique. Nous sommes en fait influencés par tout ce qui est ultra mélodique, ça va des Beatles, à la pop et au rock des années 80 avec des groupes comme Indochine, The Cure, U2, en passant par des groupes comme Nirvana ou Placebo. Au final, nous essayons de faire une musique qui nous est propre même si évidemment nous n’avons pas la prétention de réinventer le pop-rock.

Tu étais juriste auparavant. N’était-ce pas dur de jongler entre la vie d’artiste et de juriste ?

Si aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir me consacrer uniquement à la musique, j’ai en effet mené pendant une période cette double vie. Malgré le succès naissant du groupe, nous ne pouvions pas encore vivre de la musique et je continuais donc a exercer à coté, un travail a responsabilité dans le domaine du droit. Je suis content de pouvoir parler de ça car c’est quelque chose que peu de gens imaginent. Il est difficile aujourd’hui de ne vivre que de la musique et bien des artistes que vous voyez sur scene ou entendez à la radio doivent à côté avoir un travail plus « classique ».

Cette double vie est souvent difficile. Matériellement tout d’abord car il n’est pas aisé de se combiner ce travail et les concerts, interviews ou enregistrements. Psychologiquement aussi, car pour prendre un exemple personnel, se retrouver au lendemain d’un concert devant 10 000 personnes (lors des premieres parties d’Indochine) dans un bureau a devoir être à 100% concentré sur un dossier, est quelque chose de très déroutant.

Cependant, il faut relativiser et se dire que c’est au contraire une chance énorme et finalement un confort que de pouvoir vivre des choses aussi incroyables. Il y a des situations bien plus compliquées que ça dans la vie et ce serait déplacé au final de pleurer sur son sort.

Vos communiquez souvent avec vos fans sur MySpace ou facebook, il existe une réelle proximité entre eux et le groupe. Pourquoi cette volonté ?

C’est quelque chose de naturel pour nous. C’est grâce a nos fans que nous avons la chance de vivre l’aventure incroyable que nous vivons et c’est donc naturel de les associer le plus possible à la vie et aux projets du groupe. Leur soutien nous touche beaucoup et on a envie du coup de leur témoigner autant d’affection en retour. C’est passionnant en plus de connaître le ressenti des personnes qui écoutent notre musique, on la redécouvre d’une certaine manière, on voit comment les gens la ressentent et se l’approprient. C’est pour toutes ces raisons que nous tenons a être le plus disponible possible pour notre public.

Tu es en couple avec Anne, la guitariste du groupe, est-ce difficile de passer de la vie quotidienne avec elle à la scène entre « collègues » ?

Anne et moi sommes en effet mariés depuis plusieurs années. C’est avant tout un immense bonheur que de pouvoir partager avec sa moitié quelque chose d’aussi intense que l’aventure musicale que nous vivons. Je pense que c’est souvent difficile de partager la vie d’un artiste lorsqu’on ne vit pas soit même une aventure artistique. La vie artistique est quelque chose de tellement fort et tellement passionnelle que la personne avec qui l’on vit peut se sentir un peu perdue et à l’écart, presque trompée. Un groupe, c’est parfois un peu une deuxième vie amoureuse et c’est donc vraiment une chance de pouvoir partager à 100% l’euphorie et les doutes de la vie de groupe avec la personne que l’on aime.

La difficulté en revanche, comme le suggère ta question, c’est de passer de la relation de couple à celle de collègues lorsque nous sommes dans le cadre d’Oxygen. Il est parfois difficile de se détacher émotionnellement de l’autre et de ne pas prendre trop personnellement des reproches ou des directives qui concernent uniquement le travail dans le groupe. De même, il peut arriver que j’ai moins de tact pour donner une consigne ou faire un reproche à Anne lors d’une répétition que lorsque je m’adresse à Pierre ou Stéphane. Il faut réussir à se dire que l’autre nous parle dans ces moments en tant que membre du groupe et pas en tant que conjoint.

Il faut également arriver à laisser à la porte de la salle de répétition ou de la salle de concert les petits tracas ou différents qui arrivent nécessairement dans une vie de couple.

Tu as collaboré avec Pascal Pacaly pour une nouvelle de son roman « Rock Stories », que penses tu de la version finale ?

Je n’ai pas réellement collaboré puisque nous avons simplement raconté la vie de notre groupe à Pascal qui a ensuite écrit seul la nouvelle. Le mérite lui revient donc entièrement. J’aime vraiment le concept qu’a eu Pascal de réunir l’histoire de différents groupes dans un bouquin et de « romancer » ces histoires en les encrant dans des contextes fictifs extraits de l’univers des groupes. On s’éloigne de la biographie classique en confrontant le réel et l’imaginaire de chaque groupe. C’est difficile ensuite de se prononcer sur la nouvelle nous concernant car c’est assez particulier de retrouver des choses parfois très intimes de nos vies racontées à travers les mots de quelqu’un d’autres, en tout cas c’est un très beau projet.

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Clip Extase-X | 1er single issu du nouvel album,  Le dernier clair de lune.

Quels sont les projets d’Oxygen?

Le principal projet c’est bien évidemment la scène avec des concerts à partir du mois d’avril en France et en Belgique pour défendre en live le nouvel album.

Nous travaillons également activement sur le développement du groupe et nous devrions annoncer au fur et mesure d’autres projets et encore plus de dates. Nous allons également lancer très bientôt une sorte de journal Web d’Oxygen qui permettra de suivre très régulièrement au travers de photos, textes et vidéos les coulisses de la vie du groupe.

Oxygen a participé aux deux éditions des Divisions de la Pop, y serez vous encore cette année?

Si une nouvelle édition a lieu nous devrions en faire partie.

N’est ce pas frustrant de voir de plus en plus de chanteurs issus de la téléréalité ou de plans commerciaux etre distribués dans le commerce alors que de petits groupes pop/rock français essayent de se faire une place ?

Le problème n’est pas tant que ces artistes soient produits mais qu’une grande partie des professionnels du milieu ne fassent plus la démarche de produire autre chose que des artistes issus de ce type de parcours ou des artistes « bobo-parisiens ». Nous sommes les premiers spectateurs du décalage qui existe entre ce qu’une énorme partie du public a envie d’entendre et ce vers quoi se tournent les professionnels du milieu. Ça peut parfois être frustrant en effet mais l’important reste le public et nous avons la chance d’en avoir un, ce qui permet de relativiser tout ça. C’est bien plus gratifiant d’être aimé pour notre musique que pour une image qui serait le résultat d’un simple plan marketing !

Vos concerts sont assez longs et votre album comporte 16 titres, c’est beaucoup non?

Nous avons pas mal de morceaux avec trois albums maintenant et du coup cela permet de faire des concerts plus longs. Nous essayons de trouver un juste milieu entre le concert trop court et le concert trop long qui devient ennuyeux. Il faut que ça reste un instant hors du temps un concert, avec suffisamment de magie mais aussi une petite frustration que ce soit fini, donc il ne faut pas non plus éterniser le set.

Pour le dernier album qui comporte 16 titres, ça a été un choix difficile car nous sommes arrivés en studio avec plus de 20 morceaux préproduits. Nous avons finalement enregistré 17 morceaux, 16 d’entre eux figurent sur l’album et un inédit (Image) figure en face B du premier single. L’album est long mais nous le voulions vraiment comme un voyage dans notre univers, qui prend le temps de parcourir toutes nos différentes facettes musicales. Aucun morceau n’est la en remplissage, nous croyons réellement en chacun des morceaux et en son importance sur cet album

Que penses tu du nouvel album d’Indochine ?

Je ne connais pour l’instant que le premier single car au moment où je te réponds l’album n’est pas encore sorti. J’adore vraiment le premier single qui a un certain parfum d un de mes albums préférés d’Indo, « Un jour dans notre vie ». J’attends impatiemment l’album !

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Quel est ton rêve ?

Question difficile, je dirais qu’aujourd’hui mon principal rêve serait de vivre encore longtemps et encore plus fort les instants magiques que je vis avec Oxygen, notamment les émotions que me procurent les moments partagés avec le public.

L’endroit où tu aimerais jouer ?

L’Olympia car c’est une salle mythique que j’adore vraiment (et puis le nom en lettre rouge, ça serait la classe). Et puis aussi le stade de france pour la démesure, ça fait rêver!

La personne avec qui tu rêverais de faire un duo ?

Etienne Daho, un artiste et une voix que j’adore et qui dégage sur scène une naïveté et une sincérité dont je me sens très proche.

Si une chanson d’Oxygen devait faire partie de la B.O. d’un film, laquelle serait l’idéale et dans quel film ?

Sans hésitation, « Voyage vers Xibalba » la derniere chanson du nouvel album, pour la B.O du film The Fountain de Darren Aronofsky. La réponse était facile car j’ai écris cette chanson juste après avoir vu le film, elle en est directement inspirée. Je m’étais même amusé a faire un petit montage vidéo d’extraits du film sur la musique.

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À propos de cette interview : Elle a eu lieu par échange de mails. Je connais Oxygen depuis quelques années grâce à leur MySpace. Je les ai vu en concert quelques fois et j’avais discuté avec Maxime après un show acoustique de Daisybox (critique de leur nouvel album + interview du groupe bientôt en ligne !), qui, à ma grande surprise, me connaissait ! Puis très récemment sur facebook, alors qu’on papotait je lui ai proposé l’interview pour mon blog et il l’a accepté tout de suite. Si tout va bien, 3 questions de cet entretien seront publiées dans l’actu. Je me suis lancé comme défi de réaliser une maquette pour cette interview. Celle que vous pouvez télécharger ici. Ça m’a permis de bien taquinner InDesign et de m’entraîner pour des prochaines fois. Bref à vendredi pour ceux qui seront au concert, venez les voir, ça déchire ! Et puis il y a une grande proximité avec le groupe, c’est tellement rare maintenant. Découvrez-les vite !

Cliquez ici pour acheter un billet pour vendredi, 12 euros le concert, avec Anatomie Bousculaire en première partie.

■ Photos : Claire Lise Havet

■ MàJ : Le concert était excellent ! Quelques photos et bientôt une vidéo de Je rêve si le son est pas trop naze.