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Les Comics au Cinéma : La Bande Décimée ?

■ Je vous en parlais fin février dernier, mon papier sur les adaptations de comics au cinéma a été publié dans le mensuel indépendant Brazil. Thor est sorti la semaine dernière, les infos pleuvent sur les autres super-héros qui vont arriver dans les salles obscures, bref c’est le bon moment : voici donc l’article en entier !

Thor débarque fin avril sur nos écrans, il sera suivi début juin de XMen : First Class, puis de Green Lantern et Captain America en août. Les premières images issues des teasers ne sont guère rassurantes. Adapter un comic book au cinéma n’est pas chose aisée, nombreux s’y risquent et si, souvent, le résultat au box-office est positif, voire glorieux pour certains, la satisfaction d’un fan de l’œuvre originale ne l’est pas forcément. Encore moins lorsque ce même fan a un penchant cinéphile et aime une mise en scène soignée, un scénario brillant, un jeu d’acteurs parfait, une belle photographie, etc. Peut-être qu’un fan exige la perfection lorsqu’un réalisateur se tente à filmer les aventures de ses héros d’encre et de papier mais peut-être -sûrement- qu’il a raison. Deux experts en comics confient leur ressenti global sur les adaptations.

Jérémy Mannesse, traducteur de bandes dessinées (www.jeremymanesse.com) chez Panini Comics (Preacher, Transmetropolitan, Batman : Secrets…), est « plutôt bon public et pardonne facilement quand les films ne remplissent pas la tâche impossible de concentrer la quintessence de quarante ans de vie en 1h30 ».
Le blogueur Neault, spécialiste des comics books (http://comicsmarvel.blogspot.com) est beaucoup plus sélecte : « J’apprécie en général très peu les adaptations. Le problème avec la fidélité, c’est que la plupart des gens ne la placent pas au bon endroit. »

« Ce qu’il faut retrouver dans une adaptation, c’est l’essence du personnage »

Par exemple, « Peter Parker, c’est un type qui a plein d’emmerdes dans sa vie privée et qui s’éclate lorsqu’il endosse son costume de super héros. C’est tout. Il est donc ridicule de lui coller des problèmes d’adolescents alors qu’il est trentenaire ou de refuser de le faire grandir » confie Neault, Cyril de son prénom. « Ce qu’il faut retrouver dans une adaptation, c’est l’essence du personnage, sa couleur, son parfum. Après, ne pas respecter telle ou telle anecdote présente dans le matériel original, ce n’est pas bien grave. Les auteurs de comics euxmêmes ne les respectent pas toujours. »
On peut distinguer aisément plusieurs catégories d’adaptation : les divertissantes, qui se veulent à la fois fidèles au support original, tout en étant blockbuster, principalement destinées aux ados et jeunes adultes, comme les Iron Man, Spiderman, XMen… Celles-ci sont souvent décriées par les fans extrêmes, mais globalement appréciées par le grand public, voire la « critique presse ». Les adaptations familiales, se forçant à séduire le plus large public possible, des petits et grands : on retiendra surtout Les 4 Fantastiques et sa suite avec le Surfeur d’Argent en tête des bides.

Jérémy s’explique : « Des adaptations que les fans de l’original trouvent réussies, elles se comptent sur les doigts de la main, parce que la notion de fan englobe toujours une certaine psychorigidité. Hurler parce qu’on n’a pas de pieuvre géante, parce que Cyclope est tué en deux scènes ou parce que la Veuve Noire n’a pas l’accent russe, c’est un peu vain. On dit souvent que traduire, c’est trahir, mais adapter aussi. Et les fans ont une certaine propension à enculer les mouches, ça ne date pas d’hier. »

« Les lecteurs sont marginaux, même aux États-Unis, ils ne représentent rien
face au public potentiel d’une grosse production hollywoodienne »

Neault s’étend : « Les adaptations sont le plus souvent mal fichues parce qu’elles ne s’adressent pas aux lecteurs de comics, mais à un public familial le plus large possible. Les lecteurs sont marginaux, même aux États-Unis, ils ne représentent rien face au public potentiel d’une grosse production hollywoodienne. Et les décideurs veulent ratisser large, ce qui se comprend, mais pour se faire, ils emploient de mauvaises méthodes. Ils ne veulent surtout pas être «segmentant» et se couper d’une partie du public (parce qu’au final, tout le monde connaît Spider Man ou Superman, même sans lire les séries). »

« Malheureusement, vouloir plaire à tout le monde, c’est souvent le plus court trajet vers le fade et la tiédeur. C’est aussi un peu un cercle vicieux auquel participent media et fans. On fait tout un plat du casting, du design des costumes, des effets spéciaux. Mais tout cela, ce n’est rien, ce sont les ustensiles. Une fois qu’on a de beaux couverts, on aimerait bien manger avec. Et manger, c’est sale, ça laisse des traces de gras ou de sang autour de la viande, cela suppose du vécu, de l’épaisseur. Trop souvent, les adaptations de comics se limitent aux couverts. On admire les fourchettes, mais on ne s’en sert pas ».

« Insuffler un peu de vie dans des costumes trop souvent vides »

« Le problème principal n’est pas que les réalisateurs ou les scénaristes soient fidèles ou non aux personnages, continue le blogueur, le problème vient du fait qu’ils ne s’en servent pas. Ils les exposent comme des statues de cire, sans jamais penser à insuffler un peu de vie dans leurs costumes trop souvent vides. Une adaptation, ou même une histoire originale, c’est une vision, ce n’est pas fait pour que tout le monde y adhère (et c’est même souvent en ne se préoccupant pas de « recettes » établies que l’on trouve l’adhésion). Je ne crois d’ailleurs pas que l’on puisse écrire en se posant sans cesse la question de savoir si l’on va plaire ou non. Les écrivains et les réalisateurs ne sont pas des publicitaires, il serait bon qu’ils s’en souviennent parfois ».
Dans les oeuvres à controverse, on peut aisément citer Wanted, Hellboy, 300, The Crow, 30 jours de nuit, From Hell, Hulk (d’Ang Lee)… « J’ai beaucoup d’affection pour celui-ci, qui est un film d’auteur, alors que j’ai trouvé celui de Leterrier assez pourri du point de vue de l’écriture » se souvient Jérémy Manesse. Sa méthode pour éviter la déception ? « Quand je vais voir un film tiré d’un comics, j’oublie l’oeuvre originale, c’est le meilleur moyen de passer un bon moment. »

Pour le plaisir, évoquons gratuitement les immondes Daredevil, qui pourtant bénéficiera d’un spin-off tout aussi mauvais : Elektra. Sans oublier Ghost Rider, dont une suite arrivera prochainement… La Ligue des Gentlemen Extra-Ordinaires, ou comment détruire un mythe du neuvième art, et même The Spirit, mis en scène par Frank Miller, auteur de comics et co-réalisateur du pourtant très réussi Sin City (de Robert Rodriguez). Ce dernier est un chef-d’oeuvre à tous points de vue : la photographie, le casting, le scénario, la réalisation et évidemment une fidélité hors pair aux tomes originaux de… Miller. Les adaptations « one-shot », dont seul un volume est à l’origine de l’histoire, ont un résultat souvent excellent : A History of Violence, V pour Vendetta et, surtout, Watchmen.

LE CAS WATCHMEN

Ce dernier, chef d’oeuvre d’Alan Moore, a été adapté à l’écran par Zack Snyder qui avait déjà réalisé 300, un comic de Frank Miller. Selon Neault, « Watchmen est une tentative vraiment honnête et plutôt réussie. On ne s’ennuie pas (ne pas emmerder son auditoire, c’est tout de même un critère important lorsque l’on raconte une histoire), les personnages sont respectés, les effets sont au service du récit et non l’inverse, et puis il se dégage quelque chose d’indéfinissable, dont personne n’a vraiment la recette, et qui fait que l’on a parfois des frissons de plaisir en étant embarqué dans un univers ».

De rares éléments ont été intelligemment modifiés pour le long-métrage et le résultat est tout bonnement excellent. Curieusement, Jérémy Manesse n’approuve pas à 100% ce film : « Watchmen est très fidèle, certes, mais le style de Snyder ne colle pas du tout à l’univers de la BD. Du coup, dès qu’il y a des scènes d’action, on s’ennuie, et l’ensemble est un peu trop esthétisant à mon goût ».

« Il suffit tout simplement de ne pas prendre le spectateur
(et accessoirement lecteur) pour un idiot »

Il ne faut pas se leurrer : ce qui poussent les producteurs à tenter l’aventure avec l’adaptation d’un comic, c’est avant tout le fric qui peut être engendrer. Peu se soucient de la possibilité de voir une œuvre cinématographique artistiquement réussie. « C’est une machine à fric, évidemment, mais comme tout ce qui est film à grand budget. Ça n’empêche pas la qualité. Moi, je continue à prendre du plaisir à voir les adaptations, et ça a le mérite de mettre en lumière ce médium » confie Manesse. Effectivement, « de nos jours, ce sont plutôt les considérations commerciales qui priment » ajoute Neault. Rien de bien nouveau donc, pas la peine d’engendrer un débat inutile là-dessus.

« Un film de super héros tiré d’un comic book peut être divertissant et intelligent ! »

Heureusement il existe des auteurs, comme Christopher Nolan, talentueux metteur en scène qui livre de véritables bijoux du septième art, lorsqu’on leur confie un personnage tel que Batman. Un scénario adulte qui montre qu’il suffit tout simplement de ne pas prendre le spectateur (et accessoirement lecteur) pour un idiot.

Le résultat est là : plus d’un milliard de dollars de recettes dans le monde, troisième plus gros démarrage de tous les temps aux États-Unis (derrière le troisième volet du Seigneur des Anneaux et Titanic) et on ne parle pas des ventes Blu-Ray/DVD. Oui, un film de super héros tiré d’un comic book peut être divertissant (n’est-ce pas là l’un des buts du cinéma après tout ?) et intelligent !
Un concept que souhaite Joss Whedon, auteur de comics et célèbre créateur de Buffy contre les Vampires, pour The Avengers, prévu pour l’année prochaine. Un long-métrage qui fera un carton quoi qu’il arrive : Iron Man, Hulk, Captain America et plein d’autres icônes Marvel réunies dans le même film. Seul hic, de l’aveu même du metteur en scène : « Je ne suis pas très doué à la réalisation ». Il n’est pas trop tard pour changer alors ! Dans un avenir proche, on ne voit que deux films comme valeurs sûres : The Dark Knight Rises, qui bouclera la trilogie de l’homme chauve-souris et le Wolverine revisité par Darren Aronofsky (The Wrestler, Black Swan, Requiem for a Dream), qui devrait faire oublier la fade réalisation de Gavin Hood.

■ Un article relativement long (plus de 10.000 signes), qui n’était pas si simple à écrire que ça en a l’air. Le sujet étant extrêmement vaste et ayant carte blanche, je souhaitais réaliser une sorte de « dossier » en trois parties (les bides, les succès, les projets), mais c’était finalement trop complexe à mettre en place.
Je ne savais pas trop comment angler mon papier, de plus la liste des adaptations est sans fin, le but n’était pas de citer tous les films et les critiquer. Et puis cela aurait était trop « déplacé » tant les avis sont subjectifs, ça n’aurait eu aucun intérêt.
Finalement les avis « d’expert » se sont imposés d’eux-mêmes, à la fois logiques, utiles et brillants. Je connaissais déjà Neault (je vous conseille et reconseille encore son blog, une mine d’or pour ceux qui découvrent ou lisent des comics régulièrement), je le savais franc et bavard, c’était l’idéal. Le travail de Jérémy Manesse n’est plus à prouver dans le monde des comics, cela faisait un autre interlocuteur tout aussi intéressant !
Du coup l’article est principalement composé de leur citations, mais ce n’est pas plus mal, « j’interviens » pour mieux rappeler tel ou tel film, redonner des infos, etc. Au final on lit presque un dialogue entre les deux, mais c’est passionnant !
Les deux entretiens (mêmes questions aux deux personnes) regorgent d’informations et d’avis extrêmement intéressants, mais malheureusement je ne pouvais pas tout mettre dans l’article… qui dresse, en fait, un bilan sans prétention des adaptations. Toutefois cette lecture est peut-être davantage réservée à un lectorat connaisseur et amateur des comics ? Je ne sais pas trop, j’attends vos avis ;-)
Pour terminer, je suis assez fier d’avoir été publié dans Brazil, cela faisait plus d’un an qu’un de mes articles n’avait pas été imprimé et sorti sur du « papier », c’est toujours agréable !
(Pour info : j’écrirai à nouveau pour le mensuel, peut-être pour cet été si tout va bien.)

Le numéro 38 de Brazil 2 – le cinéma sans concession($) sort dans les kiosques ce mercredi 23 février.

Brazil est un mensuel de cinéma indépendant, chaque rédacteur qui y travaille est libre d’écrire ce qu’il désire sur son sujet . Aucune obligation ou pression quelconque n’est imposée. Dis comme ça, ça peut paraître « normal », sauf que dans le milieu, c’est de plus en plus rare…

Vous trouverez dans ce nouveau numéro un de mes articles, sur les adaptations de comics au cinéma !

Thor débarque fin avril sur nos écrans, il sera suivi début juin de XMen : First Class, puis de Green Lantern en août. Les premières images issues des teasers ne sont guère rassurantes. Adapter un comic book au cinéma n’est pas chose aisée, nombreux s’y risquent et si, souvent, le résultat au box-office est positif, voire glorieux pour certains, la satisfaction d’un fan de l’œuvre originale ne l’est pas forcément. Encore moins lorsque ce même fan a un penchant cinéphile et aime une mise en scène soignée, un scénario brillant, un jeu d’acteurs parfait, une belle photographie, etc. Peut-être qu’un fan exige la perfection lorsqu’un réalisateur se tente à filmer les aventures de ses héros d’encre et de papier mais peut-être -sûrement- qu’il a raison. Deux experts en comics confient leur ressenti global sur les adaptations.

Pour lire la suite, achetez le magazine !

J’y évoque les adaptations honorables, les bides et les cultes, autour d’une double interview : celle de Neault, blogueur reconnu et critique de comics, et celle de Jérémy Manesse, traducteur de bandes dessinées qui officie chez Panini Comics.

X-Men Origins : Wolverine

Ça va trancher les avis surtout… Le film événement, attendu comme le nouveau messie Marvel, risque fort de décevoir les adeptes de Wolverine. Attention, risque de spoilers dans cet article.

La bande-annonce donnait carrément envie. On voit Wolverine enfant, avec ses griffes en os, puis soldat à de nombreuses guerres et enfin « à l’heure actuelle », ou plutôt juste avant qu’il intègre les X-Men. D’entrée on pense que le film sera composé justement d’une partie sur l’enfance de notre cher Logan, et d’une autre plus conséquente, sur les 140 années suivantes, où il part à plusieurs fronts avec son frère, Victor Creed, et puis pour clore la dernière demi-heure du film, on aura sans doute des séquences sur l’expérience militaire qui le transforma  en bête assoiffée de vengeance, avec de l’action, tout ça (ce qui a déjà  été fait, avec brio, dans X-Men 2, de Bryan Singer – sans aucun doute le meilleur opus de la saga).

« Un superbe générique… Mais déjà de la frustration »

Mais que nenni ! Les scènes avec Wolverine jeune durent en tout 4 minutes 30, en guise d’introduction du film, suivi d’un superbe générique. Déjà là, la frustration se fait un peu sentir, en moins de 5 minutes, on a expédié un arc narratif extrêmement intéressant (et très bien relaté dans le livre Wolverine, les origines, réédité à l’occasion chez Panini Comics). Et donc le générique rappelle un peu celui de Watchmen, un résumé d’informations de plusieurs dizaines d’années écoulées, histoire de comprendre rapidement le passé de Wolverine et de son frère (futur Dent de Sabre). Composé uniquement de scènes de batailles de différentes guerres (aux États-Unis, en Europe, en Asie), cette séquence mise sur l’action, le montage et la musique et le résultat est impressionnant !

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Mais une fois ces 10 premières minutes, guère de surprises nous attendent (tout du moins pour le connaisseur de l’œuvre graphique).  Wolverine se retrouve rapidement avec Stryker (joué par Danny Huston, très gnan-gnan, qui succède Brian Cox, qui interprétait son rôle dans X-Men 2), ainsi que d’autres mutants. Ils attaquent alors un immeuble, ça rappelle pas mal Matrix, pour les flingues et Equilibrium, pour les katanas. Et puis Wolvy s’en va se la couler douce au Canada, lassé de sa vie de militaire, avec sa nouvelle copine et son nouveau job : bûcheron. Mais la menace rôde…

« Beaucoup de seconds rôles, sans réelle profondeur »

Quelques années plus tard, son frère, Dent de Sabre (Liev Schreiber, le seul qui s’en tire vraiment dans le film et qu’on a hâte de revoir ailleurs), vient tuer ses anciens compagnons. À commencer par Le Bec (Dominic Monaghan, qui a effectivement une tête d’oiseau, mais à quoi sert-il dans le film ?) et surtout, sa femme. Pour le retrouver et se venger, Wolverine va revoir Stryker, se faire changer en Weapon X (squelette en adamantium), affronter Le Blob (lol), rencontrer un certain Gambit, (quel déception ! Peu de charisme et un troisième rôle bâclé), retrouver DeadPool, délivrer Cyclope, échapper à Agent Zéro, etc… Bref des p’tits seconds rôles en veux-tu en voilà, le tout sans réelle profondeur.

Il y a d’autres X-Men, moins connus du grand public qu’on peut voir dans X-Men Origins – Wolverine (le titre exact), et quelques uns en caméos, ce qui n’est pas déplaisant. Mais bon, ce long-métrage de Gavin Hood (Détention Secrète, Mon nom est Tsotsi), est loin de séduire les amateurs de Wolverine. Le scénario n’est pas spécialement bâclé mais on attendait peut-être autre chose de ce projet si excitant. Plutôt, comme dit plus haut, une épopée des 150 années de la vie du mutant, et non pas des dernières semaines avant X-Men 1. Ne crachons pas non plus à l’extrême sur le film, la carte du divertissement est assuré, par les effets spéciaux, Hugh Jackman (qui rempile pour la 4ème fois un rôle, qui lui va quand même super bien) et certaines séquences originales. En deux mots pour finir, les puristes du comic seront très certainement déçus, les autres ravis de ces retrouvailles et explications sur le passé de monsieur griffe, ça va trancher chérie !

■ À propos de cet article : Rédigé assez rapidement, peu de temps après avoir vu le film. Finalement, je n’ai pas l’impression de dire trop de spoiler que ça, au moins pour celui qui a vu la bande-annonce. Je n’ai pas listé tous les mutants présents dans le film, car ce n’est pas le but. On ne cache pas un certain plaisir à voir en chair et en os tous ces personnages de fiction, mais comme je le dis, au-delà du divertissement et de l’action, le film n’a plus grand chose de très fun à se mettre sous la dent (de Sabre), et j’en suis globalement assez déçu, car j’espérais une épopée plus longue, plus intense, plus dramatique qu’un banal film d’action mercantile. Oui je sais c’est normal, c’est fait pour. Tant pis ! Snikt !

Watchmen : meilleur comic adapté au cinéma ? (Oui)

C’était mal parti. À voir les bandes-annonces bourrées de ralentis, d’effets spéciaux, de trucages numériques, de Muse et Smashing Pumpkins à gogo, les images promo flashy, l’immonde affiche finale, et les nombreux teasers achevés avec le fameux « par le réalisateur visionnaire de 300 » : Zack Snyder, c’était vraiment mal parti. Rien contre ce metteur en scène, ses deux précédents films sont plutôt bons (L’Armée des morts, remake du Zombie de Romero et 300), mais quand même, ça ne sentait pas très bon tout ça. Surtout que Watchmen est inadaptable.

Et pourtant ! Et pourtant ce « réalisateur visionnaire » livre une petite bombe cinématographique ! À l’image du comic-book dont il est tiré, Watchmen – Les Gardiens est un ovni amoral, immoral et sublime.

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Difficile de décrire l’univers des Watchmen pour les non-connaisseurs. États-Unis de 1985, grâce au Docteur Manhattan, un ancien scientifique devenu l’égal d’un Dieu à la suite d’une expérience involontaire, la guerre du Vietnam fut gagné par les américains, le scandale de Watergate a été étouffé, Nixon est toujours président mais la guerre froide face à la Russie est sur le point d’exploser et de finir en 3ème guerre mondiale.

Et puis surtout, les super-héros sans super-pouvoirs déambulent, anonymement ou publiquement, dans la ville. Sauf que depuis quelques années, être un super-héros est devenu illégal, sauf pour ceux déclinant leur identité et travaillant pour le gouvernement, ce à cause de la loi Keene (rappelant furieusement l’excellent arc narratif chez Marvel Comics : Civil War).  Bref, la plupart des super-héros deviennent de simples citoyens lambdas, si ils ne sont pas tués, morts ou fous, excepté Rorschach qui continue de combattre le crime, illégalement donc. Et Doc Manhattan et Le Comédien servent leur patrie en acceptant cette loi.

C’est justement du Comédien (brillant Jeffrey Dean Morgan), véritable pourriture n’hésitant pas à tuer, violer et se marrer devant la vie, qu’il considère comme une grosse farce, que toute l’histoire va partir, enfin plutôt de sa mort. Le film débute (comme la BD, pardon « le graphic novel ») par son assassinat. La première trame narrative sera de savoir qui l’a tué, et pourquoi ? Enquête alors un autre « héros », le torturé Rorschach, petit homme cagoulé, écorché vif tenant un journal intime, dernier héros assoiffé de vengeance et de justice. Sans aucun doute le personnage le plus intéressant de l’univers Watchmen (Jackie Earle Haley, oscar du meilleur second rôle vous verrez). Sa route va croiser celles de ses anciens compagnons de combat : Le Hibou, sorte de Batman à la retraite, looser/éjaculateur précoce qui devient vraiment « lui » dans son costume (Patrick Wilson excellent), le deuxième Spectre Soyeux, une très jolie femme (Malin  Akerman, plus que correcte), compagne de Dr Manhattan complètement perdue et étant aussi en conflit avec sa mère, le premier Spectre Soyeux (Carla Gugino, méconnaissable !). Sans oublier Ozymandias alias Adrien Veidt l’homme le plus intelligent du monde (un  Matthew Goode très bon mais quand même une erreur de casting)  et enfin, le docteur Manhattan, véritable Dieu, tout de bleu vêtu, même son pénis (étonnant Billy Crudup).

« Extrêmement bien réalisé et parfaitement maîtrisé »

La complication du livre -et le second arc narratif- se trouvait là : les relations entre les six personnages principaux.  Tous étant en proie à ses propres démons (mais qui veillent sur eux ?). Crise de la quarantaine oblige : alcool, tabac, sexe et dépression, sont au rendez-vous et chacun avait droit à ses 2 chapitres pour mieux le comprendre. Flash-back, point de vue alternatif, changement de narration… Ici le film suit cette même idée mais seulement sur la première moitié du long-métrage. À savoir sur le Comédien, Rorschach (et son journal !) et Doc Manhattan. Ainsi Le Spectre Soyeux II, Le Hibou et Ozymandias sont quelques peu « délaissés » sur ce niveau. On en apprend un peu moins sur eux, c’est dommage… L’intérêt du film (comme du livre) est la nouvelle association de ces mecs blasés, détruits, sans espoir d’avenir. Dans cette société parallèle/futuriste, la vie est sombre, tuée et martelée à coups de prostitutées, de sang et de déséquilibrés psychologiques, ou corrompue, sur le point d’être achevée. Chaque personnage vit dans ses souvenirs, le passé réconforte, le passé aide, mais le futur arrive…

D’un point de vue cinéphile et non « littéraire », l’œuvre de Zack Snyder est extrêmement bien réalisé et parfaitement maîtrisé. Le cadrage, la mise en scène, la photographie (mention spéciale aux scènes où les couleurs chaudes/froides s’assemblent ou se dissocient avec une fluidité parfaite pour alterner le côté philosophique/politique et action/violence), les scènes d’action justement, sont ni trop présentes, ni pas assez, juste ce qu’il faut, avec un nombre de ralentis bien dosé et une rare violence visuelle et sonore. D’un point de vue « littéraire » le film rejoint parfaitement l’ouvrage mythique d’Alan Moore et Dave Gibbons. C’est à dire que la planche se transforme en plan. La séquence est devenue la suite de case ancrée dans nos esprits. Un bon compromis pour les non-connaisseurs du comic et les plus fanas d’entre eux.

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La B.O., très « old school » (Simon & Garfunkel, Leonard Cohen, Jimi Hendrix…) est plutôt osée mais néanmoins efficace. Les morceaux choisis ne sont pas post années 80, ce qui accentue la crédibilité de ce « monde alternatif » possible. Ce monde où les super-héros à la retraite renaissent de leur cendre, encore gros ou sales, encore triste et désespéré, mais pas encore mort. Et on y croit. C’est là la force du film. Alors qu’est-ce qui cloche dans Watchmen ? Y a-t-il quelques défauts ? Oui. Oui mais ils sont mineurs. Il y a en effet le côté visuel/numérique qui peut déplaire à certains. Ozy qui manque de charisme, malheureusement. Mais c’est à peu près tout.

[À tous les fans du comic qui veulent du SPOILER : Des changements sont tout de même notables entre les deux œuvres. Tout d’abord la « fin » a été modifiée. Mais en « mieux ». Bulbastix est peu présente à l’écran. L’histoire du pirate n’est pas conté dans le film, mais elle le sera dans la version Director’s Cut en DVD (dans un dessin animé de 40 minutes narré par Gérard Butler himself !). La mort du premier hibou n’est pas montrée, la vie du psy de Rorschach est peu abordée. Rorscharch en civil avec son panneau est vu de nombreuses fois, mais pas concrètement avec son visage, du coup les novices ne comprennent pas forcément qui sait.]

Watchmen s’avère être un des meilleurs comic-book adapté pour le 7ème art (avec sans doute Iron Man et Dark Knight). Watchmen est un film puissant, intelligent et spectaculaire. Parfois même émouvant. Watchmen est une œuvre extrêmement intéressante, fidèle à son originale, qui retourne quelque peu votre esprit et vous fout une grosse claque dans la tronche. Watchmen est un putain de bon film. Et Zack Snyder a réussi un pari audacieux, pourtant perdu d’avance. Son ovni est complètement névrosé, cynique et diaboliquement jouissif (et pas uniquement grâce aux fesses de Malin Akerman).

■ À propos de cet article : Pas satisfait. Trop long, trop complexe. Verrai bien avec réactions et commentaires. Espère nombreux. Mais pressé par temps. À rendre rapidement après projo Club 300 mercredi dernier. Car sera sans doute en lien sur allôciné mercredi 4 mars. Classe. Critique bonne mais quand même, pas satisfait. Attends sortie officielle du film pour revoir encore et encore. Peut-être nouvel article à ce moment. Pense celui-là trop dirigé pour connaisseurs du comic. Suis désolé. Reste excellente adaptation, fidèle et bouleversante. Ai aimé. Vraiment beaucoup. Ai relu la BD depuis. Snyder a réussi, adore.