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Inception de Christopher Nolan

« Christopher Nolan est un Dieu », voici la première phrase qui vous vient à l’esprit à la fin d’Inception. Juste avant un : « Il faut que je le revois ! ».
Inception est complexe : un thriller fantastique, futuriste, riche, intelligent, dans lequel on plonge littéralement l’esprit pendant 2h30 non-stop, sans temps mort, sans ennui, sans frustration, avec un plaisir immense.
[Cet article ne contient aucun spoilers.]

Dom Cobb (DiCaprio) vole régulièrement des secrets, des idées, enfouis dans le subconscient ou la mémoire de quelqu’un, à travers ses rêves. Pour cela il s’introduit dedans et trouve ce qu’il cherche dans un labyrinthe de paradoxe temporel et gravitationnel. Sa nouvelle mission consiste non pas à récupérer une idée dans un rêve, mais en « insérer » une : faire en sorte que sa victime décide sciemment de faire un choix (politique et social), pour cela une seule méthode : l’inception ! Modifier le subconscient dans l’imaginaire, d’un rêve dans un autre rêve…

« Scénario parfait, mise en scène excellente, musique troublante,
effets-spéciaux réussi, casting sans défauts… »

Nolan prouve qu’il peut se surpasser, innover, produire et écrire (une histoire rédigée sans l’aide de son frère, Jonathan Nolan, ou d’un autre scénariste) un film original, fouillé, pas forcément évident aux premiers abords, et pourtant accessible pour peu qu’on soit concentré. Son scénario est parfait, tout simplement, et sa mise en scène est excellente. La musique, du fidèle Hans Zimmer est troublante, inquiétante, idéale ! Et les effets-spéciaux criant de réalisme. Que demander de plus ?

Le casting cinq étoiles ne possède aucun défaut : Leonardo DiCaprio, le voleur en proie à des démons intérieurs, Joseph Gordon-Levitt, l’organisateur à la grande classe, Ken Watanabe, l’homme riche et puissant, sont impeccables. Tom Hardy, vu dans le terrible Bronson assure la partie cool et comique du film avec brio, Marion Cotillard, mystérieuse et élégante ne fait pas tellement tâche bien au contraire et Ellen Page (Juno), l’architecte du monde des rêves insuffle toute la légèreté adolescente, naïve et féminine qui fait son charme, sans elle Inception serait bien « lourd » avec tous ces mecs ! Enfin, deux habitués des films de Nolan : Cillian Murphy (Le Vent se lève) qui, malgré un rôle secondaire, brille par son charisme, et pour finir Michael Caine, toujours aussi bon dans un court passage.

« Inception est une sorte de fusion des anciens films de Nolan,
l’aboutissement de ses créations, déjà sublimes »

Inception fait indubitablement penser à Matrix (pour la partie monde réel/imaginaire), à Shutter Island (pour le rôle de DiCaprio, ses conflits intérieurs et la musique), Mission : Impossible et James Bond (pour le côté espionnage/action) mais surtout, il rappelle les autres films de Nolan : Memento, Dark Knight, Le Prestige… comme si Inception était la fusion de tout ça, l’aboutissement de ses créations, déjà sublimes. Chapeau l’artiste ! Le pire, c’est qu’une fois sorti de la salle, on se dit que Nolan, ce réalisateur, ce génie, est capable de réussir un Batman 3 supérieur à The Dark Knight !

NB : A voir en ImaX si possible ! D’ailleurs, l’avenir du cinéma ne sera pas en 3D, mais plutôt en ImaX 3D, mais ceci est un autre débat…

■ Vu en avant-première privée en Imax une petite semaine avant sa sortie, je suis ressorti complètement chamboulé en ayant vu Inception. Cette critique est très simple, très soft, car je ne voulais pas en dire trop, éviter de spoiler ce chef d’œuvre aux Internautes. J’écrirai sans doute un article beaucoup plus détaillé et complexe quand j’aurais le DVD ! Oubliez la promo axée sur l’action sur « la scène du crime », tout ça c’est pipo et n’a pas grand chose à voir avec le film, qui est également très émouvant.  En trois jours aux États-Unis, le film a déjà engrangé 60,4 millions de dollars de recettes ! Avec une fin ouverte, une suite est possible (plus d’infos ici), bonne idée ?

Shutter Island [Martin Scorsese]

■ À l’occasion de la sortie en DVD et Blu-Ray de Shutter Island, le 24 juin prochain, voici ma critique publiée sur Box(e) Movies.

Il paraît que le roman de Dennis Lehane (2003) se dévore comme un scénario, que le « graphic novel  » (2008) se lit comme un story-board, que le livre deviendrait forcément un film culte, pour peu qu’il soit fidèle au support d’origine mais qu’on sente la patte du réalisateur. Et le pari est gagné, haut la main même, par Martin Scorsese qui met en scène un thriller psychologique d’une efficacité redoutable, et qui signe par la même occasion un de ses meilleurs films.

« Tout est trop louche sur cette île… »

Quatrième collaboration avec Di Caprio, après le très bon Gangs of New-York (2002), le très chiant Aviator (2005) et le très raté et inutile The Departed (2006), Shutter Island embarque le spectateur dans le conflit mental de son principal protagoniste qui enquête sur la disparition d’une des « patientes » d’un hôpital psychiatrique/prison situé sur une île…

C’est le marshal Teddy Daniels, excellent Di Caprio au visage abîmé, à l’esprit blessé, qui est chargé de découvrir ce qu’il s’est passé. Mais bien rapidement on s’en fiche un peu, en effet tout est trop louche sur cette île, que ce soit les policiers « à cran », le personnel de l’hôpital (Sir Ben Kingsley himself et Max Von Sidow assurent une aura glaçante supplémentaire), les patients/prisonniers (la scène avec Jacky Earle Haley donne la chair de poule), ou même son co-équipier (Mark Ruffalo, totalement effacé par Di Caprio) et ainsi de suite.

Plongé directement dans le film, grâce à sa musique et ses effets sonores (cet espèce de bruit sourd de bateau est juste traumatisant), ses décors (les paysages naturels, le brouillard, la « crasse » de certains bâtiments), on ne se détache du malaise qui règne sur l’île que pour en découvrir un autre, encore plus prenant, à travers les flash-backs de Teddy, lorsqu’il mettait les pieds, en tant que soldat américain, dans un camp de concentration… Les vues des cadavres gelés sont terriblement émouvantes, et paradoxalement « belles et malsaines ».

« Le spectateur devient paranoïaque et perdu. »

Difficile de parler davantage de l’histoire du film, pour ne pas gâcher le spectacle à ceux qui ne l’ont pas vu. Mais très vite le spectateur devient, à l’instar de Di Caprio, méfiant, paranoïaque, perdu… Et si le cinéphile attentif peut trouver la chute de Shutter Island grâce aux petits indices parsemés ici-et-là, le plaisir ne se boude pas lors des dernières scènes !

Le plan du “traveling killing nazi” restera très certainement dans l’histoire du cinéma. Un peu à la Old Boy, ce long plan-séquence qui voit l’exécution de centaines de soldats allemands est pourtant complètement irréelle puisque « logiquement » ils devraient tous tomber en même temps, c’est un peu comme si le passage de la caméra les tuait, et ça ne fait que renforcer l’extrême brutalité de la scène. Et la beauté du cinéma.

« Le septième art maîtrisé à la perfection. »

Autres merveilles de mise en scène : les rêves et les cauchemars de Teddy. Hanté par le spectre de sa femme, morte dans l’incendie de leur demeure, celle-ci lui apparaît régulièrement. Sa beauté saisissante contraste avec la pluie de cendres qui tombe autour d’elle, ou avec ses robes ensanglantées, ou encore son dos brûlé, c’est à la fois perturbant et magnifique. Irréel, onirique mais beau, très très beau.

Scorsese frappe fort et signe un retour là on où ne l’attendait pas, Di Caprio prouve une fois de plus qu’il est devenu « un grand”, la mise en scène est parfaite, chaque plan « ne pouvait être autrement » que ce que Scorsese a su en tirer. Seul Kubrick aurait pu adapter à sa façon Shutter Island (qui rappelle de temps à autre Shining), mais Scorsese prouve qu’il maîtrise le septième art à la perfection.