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Batman – The Dark Knight

Le film le plus attendu de 2008 est bel et bien LE film de l’année. The Dark Knight de Christopher Nolan pulvérise tous les records de fréquentation et devient le meilleur Batman adapté au cinéma à ce jour. Tous les ingrédients sont parfaitement dosés : action, réflexion, musique, scénario, mise en scène… Le long-métrage a toutefois quelques défauts, des incohérences notamment – très mineurs – qui n’empêchent pas cette suite de Batman Begins de devenir un film culte.

Un des intérêts de The Dark Knight, bien avant sa sortie, est le mystère qui entourait la prestation de Heath Ledger. L’acteur star de Brockeback Montain est décédé en début d’année, âgé de 28 ans, d’une surdose de médicaments. Certains attribuent cela à un suicide suite au rôle terrifiant qu’il a tenu les mois précédents, d’autres à un simple accident, quoiqu’il en soit, ce drame mystifiait les rumeurs circulant sur le film. « Époustouflant, terrifiant, incroyable, monumental », le casting y allait fort sur les éloges et il avait parfaitement raison. Le Joker version Nolan est foutrement flippant, tout comme l’autre motivation (moins attendue certes) qui nous excitait d’avance, le visage de Double Face, tout bonnement glaçant et très réaliste. Mais le film ne repose pas uniquement sur Ledger, beaucoup d’autres éléments font de The Dark Knight un des meilleurs film de tout les temps.

The Dark Knight s’ouvre sur un hold-up orchestré avec brio par le Joker, ce qui permet au spectateur de voir, non pas sa folie mais son génie. Génie que l’on verra pendant 2h30, car loin de faire un Joker dandy et foufou (cf. Nicholson), Nolan met en scène un Joker très sérieux, manipulateur et impressionnant. Cette vision s’approche davantage de celles des comics. Par ailleurs, The Dark Knight n’est pas l’adaptation de la géniale BD de Frank Miller. Même si la dualité obsessionnelle Joker / Batman est très présente (le Joker ferait-il ses actes de violence si Batman n’était pas là ?), le film offre une autre histoire, originale et réussie. Après ce braquage, Nolan vient clore le chapitre sur l’Épouvantail, laissé en suspens à la fin de Batman Begins. On peut regretter le trop peu de temps à l’écran de Cillian Murphy en épouvantail, toujours aussi efficace, juste dans son expression haineuse et ironique face à Batman, qui ne dure que quelques secondes.

Nous découvrons petit à petit les personnages qui vont devenir les pions du Joker, jusqu’au bout du film. Parmi les anciens, il y a évidemment Batman / Bruce Wayne, qui est de plus en plus en proie à des doutes existentiels concernant sa double identité. Doit-il raccrocher ? Laisser sa place à un « vrai » justicier, sous-entendu qui agit par voie légale et juridique ? Christian Bale est toujours bon dans son rôle, pas forcément exceptionnel non plus. L’acteur est effacé par la performance de ses deux rivaux, ce qui a fait du tort à tous les films de Batman jusqu’ici. Aussi bien Bruce que Batman dans Batman Begins, la répartition était nickel, ici on le voit trop peu en Bruce, peut-être trop en Batman ? Quoiqu’il en soit, l’homme reste tiraillé entre sa douce bien aimée, Rachel, et son rôle de justicier, sur ce point Bale sait parfaitement jouer cette douleur. Gary Oldman endosse son imper de lieutenant, puis de commissaire, Gordon. C’est le véritable troisième homme du film après Le Joker, Harvey Dent et avant Batman. Le plus humain aussi, peut-être le plus touchant. Michael Caine et Morgan Freeman continuent d’interpréter respectivement le majordome Alfred et Lucius Fox, deux alliés de Bruce / Batman. Ils apportent au film cette espèce de sagesse humoristique obligatoire grâce à quelques blagues valsées ici et là. L’équilibre adéquat face à la violence et au ton sérieux du film.

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Batman – The Dark Knight | Bande-annonce (vo)

Parmi les nouveaux, il y a donc le Joker, incroyable, effroyable, épouvantable Joker. Heath Ledger est monumental on ne cessera de le répéter, il est aussi bien dirigé mais il habite ce méchant mythique. Aaron Eckhart, c’est aussi lui la surprise de The Dark Knight, situé entre les principaux triangles relationnels du film (Gordon-Batman-Dent, Bruce-Rachel-Dent, Joker-Batman-Double Face), son talent suprême crève l’écran. Tour à tour « gentil », puis dans le doute, la rage, il devient définitivement « méchant » une fois devenu Double Face. Rachel Dawnes est cette fois campée par Maggie Gylenhaal, ce qui est plutôt une bonne idée de départ, finalement elle sera correcte. Son charisme habituel ne sort pas franchement ici, on ne lui en donne pas vraiment l’occasion non plus. Elle n’est pas pire que Katie Holmes de toute façon. Les autres rôles (mafioso, flics, maire de Gotham City) sont tous très bien choisis, en particulier Joshua Harto, qui découvre l’identité de Bruce Wayne.

Et après ? Outre ce casting de choc, qu’est ce qu’il y a dans The Dark Knight ? Il y a un scénario béton. Que l’on peut – en gros – résumer à cela : Batman, Gordon et Dent s’associent et réussissent à arrêter plusieurs criminels dans Gotham City, mais le Joker se met sur leur route, assoiffé de sa folie et voulant conquérir la ville. C’est cette quête qui s’avère très intéressante, car le Joker, fin manipulateur, prévoit tout et tout est précieusement calculé. Ce film n’est pas sur Batman mais sur lui (et Dent), et à cela on peut dire que le Joker croisera la route des conflits sentimentaux entre Bruce, Rachel et Harvey au cours d’une soirée gala. Il sera même responsable d’un drame dans la famille Gordon. Et il deviendra le créateur de Double Face, tout en étant petit à petit à la tête de la pègre et des mafiosos. Le mal créateur de mal contre le bien en proie avec son idéologie, sublime ! Mais ce sixième Batman est aussi le film de Dent, le bien et son évolution en mal, dont on suit la logique évolution. Son ascension puis sa chute, là où Heath Ledger interprète le mal absolu, Aaron Eckhart doit lui jouer le « gentil » puis le « vilain » un défi qu’il emporte largement.

Certains scènes du film ont été tournées en IMAX, malheureusement en France, il sera difficile de voir The Dark Knight dans ce format. La musique est assurée, une fois encore, par Hans Zimmer. Nolan a la brillante idée de coupler le Joker à un thème oppressant. Une composition glaçante, que l’on entend à chaque scène avant qu’il n’intervienne, ce qui permet d’anticiper ses apparitions et de devenir complice de ce qui ce trame. La grande poursuite qui a lieu au milieu du film est filmé sans musique, cela accentue le côté réaliste auquel le réalisateur nous adapte depuis Batman Begins. Ce sera donc uniquement des bruits sonores, de métal rayé, de coups de feu et de cris, qui chatouilleront nos oreilles et nous enlèveront immédiatement le côté blockbuster commercial. Même idée lors de la très violente scène de l’interrogatoire et celle du crayon !

Les faiblesses de Nolan sur Batman Begins étaient essentiellement ses scènes d’action, pas forcément bien filmées. Ici le réalisateur a grandement amélioré ce point. Au-delà de montrer des plans aériens très impressionnants (immeubles, défilé, mission à Hong Kong…), Nolan se focalise sur les dialogues entre deux, trois ou quatre personnages en tournant autour des protagonistes et en se rapprochant d’eux au fur et à mesure (Batman, Dent et Gordon sur le toit du commissariat, Rachel et le Joker lors de la soirée…) ce qui accentue la tension. Il est par ailleurs difficile d’identifier Gotham City qui ressemble franchement à New York. À cela on qualifiera le film de « post 11 septembre », mais pour une fois c’est vraiment justifié, il plane plusieurs menaces sur la ville (le Joker, souvent appellé « le terroriste » qui envoit des vidéos de ses otages, la mafia, les flics corrompus…) qui accroissent la peur des habitants. Car ce sont eux aussi les acteurs de The Dark Knight puisque le Joker ira jusqu’à les « utiliser » dans la scène finale. Son combat contre Batman passe par tout le monde, tout le monde est son complice et sa victime. C’est la ville entière qu’il met à feu et à sang. Et c’est cette même population qui a peur, qui a besoin de soutien politique (Harvey Dent) et de sécurité policière efficace (Gordon).

Et on pourrait continuer longtemps à faire des éloges sur le film, à la fois thriller politique, film d’action violent et noir et grand drame acidulé. Hommage aux films comme Heat et autres polars cultes ? The Dark Knight est la meilleure adaptation de comics à ce jour (avec Spider Man et Iron Man ?). Exit les Batman freaks (mais géniaux) de Burton, les Batman gays (mais drôles) de Schumacher, non les Batman de Nolan sont foutrement bien ancrés dans le réel et leur naturalisme jouissif fout les jetons ! The Dark Knight est plus qu’un film de super-héros, il devient un mélange de tout ce qu’on ne pouvait pas imaginer et devient le meilleur film de l’année, culte et terriblement efficace. À la sortie de la salle on a du mal à s’en remettre tellement ce long-métrage est monumental. Nolan a réussit son pari ! Espérons qu’une version longue Director’s Cut sortira en DVD dans 6 mois pour prolonger le plaisir !

La grande question maintenant est : quel méchant dans le prochain Batman ? Nolan pourrait-il avoir le culot de prendre un autre acteur pour interpréter le Joker ? Les premières rumeurs annoncent Angelina Jolie, qui demanderait au réalisateur d’interpréter Catwoman dans son prochain bat-film ! L’homme-mystère est lui aussi évoqué, peut-être joué par Johnny Depp ou Joshua Harto qui a déjà opéré discrètement dans Dark Knight ? Ou bien le retour de Double Face, Rhas Al Guhl et l’Épouvantail ? Nolan a toujours dit vouloir exploiter des méchants pas encore vus à l’écran, exit donc le pingouin, Mr Freeze, Poison Ivy et Bane ? Reste donc juste le Chapelier Fou et quelques autres peu « connus » du grand public. L’excitation recommence !!

De nombreux sites Internet (une cinquantaine !) ont été créé pour le film, avant sa sortie, ils sont listés ici. parmi les plus célèbres il y a le site du Joker (Why so serious ?) et le site d’Harvey Dent (I believe in Harvey Dent). De nombreux autres sites, qui ne servent à rien comme la société de Taxi de Gotham City ou une Pizzeria, sont hackés par le Joker, qui passe par dessus avec son crayon et son fou rire !

■ À propos de cet article : Contrairement à l’article sur Saez qui a été travaillé, relu, remâché et réécrit plusieurs fois de ma part avant d’en être satisfait, celui-ci a été écrit en deux fois (en deux « jets ») et presque aussitôt publié, toujours sur viparea.cc, sorte de grand forum. Je ne l’ai relu qu’une fois, j’y ai apporté uniquement quelques modifications mineures et une correctrice a corrigé les p’tites fautes. Mais paradoxalement je ne le trouve pas bâclé, j’étais « inspiré » tout simplement. Ça arrive des fois, on écrit un truc et on ne le retouche pas, satisfait de ce qui en est sorti. Ou à l’inverse on écrit un truc et on le retouche tout le temps, jusqu’à en être satisfait. Bref si j’ai écrit cet article un peu « rapidement » c’est pour qu’il reste collé à l’actualité (le film est toujours en salle). J’aurais pu faire une analyse plus détaillée et poussée du film, mais ce n’était pas le but. Je voulais surtout faire un « beau » texte de présentation. Au final, je ne suis pas sûr d’avoir vraiment réussi, je reste partagé sur cet article, content de l’ensemble, mais je me dis (comme trop souvent) « je peux mieux faire ». Quand j’aurai le DVD, j’écrirai sans doute un autre article « mieux » en expliquant d’autres éléments du film que je n’ai pu aborder ici (les couleurs chaudes/froides, la dualité Joker/Batman), etc… Quoiqu’il en soit, ce film est une tuerie, allez le voir ! Et en version originale évidemment !