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Les Comics au Cinéma : La Bande Décimée ?

■ Je vous en parlais fin février dernier, mon papier sur les adaptations de comics au cinéma a été publié dans le mensuel indépendant Brazil. Thor est sorti la semaine dernière, les infos pleuvent sur les autres super-héros qui vont arriver dans les salles obscures, bref c’est le bon moment : voici donc l’article en entier !

Thor débarque fin avril sur nos écrans, il sera suivi début juin de XMen : First Class, puis de Green Lantern et Captain America en août. Les premières images issues des teasers ne sont guère rassurantes. Adapter un comic book au cinéma n’est pas chose aisée, nombreux s’y risquent et si, souvent, le résultat au box-office est positif, voire glorieux pour certains, la satisfaction d’un fan de l’œuvre originale ne l’est pas forcément. Encore moins lorsque ce même fan a un penchant cinéphile et aime une mise en scène soignée, un scénario brillant, un jeu d’acteurs parfait, une belle photographie, etc. Peut-être qu’un fan exige la perfection lorsqu’un réalisateur se tente à filmer les aventures de ses héros d’encre et de papier mais peut-être -sûrement- qu’il a raison. Deux experts en comics confient leur ressenti global sur les adaptations.

Jérémy Mannesse, traducteur de bandes dessinées (www.jeremymanesse.com) chez Panini Comics (Preacher, Transmetropolitan, Batman : Secrets…), est « plutôt bon public et pardonne facilement quand les films ne remplissent pas la tâche impossible de concentrer la quintessence de quarante ans de vie en 1h30 ».
Le blogueur Neault, spécialiste des comics books (http://comicsmarvel.blogspot.com) est beaucoup plus sélecte : « J’apprécie en général très peu les adaptations. Le problème avec la fidélité, c’est que la plupart des gens ne la placent pas au bon endroit. »

« Ce qu’il faut retrouver dans une adaptation, c’est l’essence du personnage »

Par exemple, « Peter Parker, c’est un type qui a plein d’emmerdes dans sa vie privée et qui s’éclate lorsqu’il endosse son costume de super héros. C’est tout. Il est donc ridicule de lui coller des problèmes d’adolescents alors qu’il est trentenaire ou de refuser de le faire grandir » confie Neault, Cyril de son prénom. « Ce qu’il faut retrouver dans une adaptation, c’est l’essence du personnage, sa couleur, son parfum. Après, ne pas respecter telle ou telle anecdote présente dans le matériel original, ce n’est pas bien grave. Les auteurs de comics euxmêmes ne les respectent pas toujours. »
On peut distinguer aisément plusieurs catégories d’adaptation : les divertissantes, qui se veulent à la fois fidèles au support original, tout en étant blockbuster, principalement destinées aux ados et jeunes adultes, comme les Iron Man, Spiderman, XMen… Celles-ci sont souvent décriées par les fans extrêmes, mais globalement appréciées par le grand public, voire la « critique presse ». Les adaptations familiales, se forçant à séduire le plus large public possible, des petits et grands : on retiendra surtout Les 4 Fantastiques et sa suite avec le Surfeur d’Argent en tête des bides.

Jérémy s’explique : « Des adaptations que les fans de l’original trouvent réussies, elles se comptent sur les doigts de la main, parce que la notion de fan englobe toujours une certaine psychorigidité. Hurler parce qu’on n’a pas de pieuvre géante, parce que Cyclope est tué en deux scènes ou parce que la Veuve Noire n’a pas l’accent russe, c’est un peu vain. On dit souvent que traduire, c’est trahir, mais adapter aussi. Et les fans ont une certaine propension à enculer les mouches, ça ne date pas d’hier. »

« Les lecteurs sont marginaux, même aux États-Unis, ils ne représentent rien
face au public potentiel d’une grosse production hollywoodienne »

Neault s’étend : « Les adaptations sont le plus souvent mal fichues parce qu’elles ne s’adressent pas aux lecteurs de comics, mais à un public familial le plus large possible. Les lecteurs sont marginaux, même aux États-Unis, ils ne représentent rien face au public potentiel d’une grosse production hollywoodienne. Et les décideurs veulent ratisser large, ce qui se comprend, mais pour se faire, ils emploient de mauvaises méthodes. Ils ne veulent surtout pas être «segmentant» et se couper d’une partie du public (parce qu’au final, tout le monde connaît Spider Man ou Superman, même sans lire les séries). »

« Malheureusement, vouloir plaire à tout le monde, c’est souvent le plus court trajet vers le fade et la tiédeur. C’est aussi un peu un cercle vicieux auquel participent media et fans. On fait tout un plat du casting, du design des costumes, des effets spéciaux. Mais tout cela, ce n’est rien, ce sont les ustensiles. Une fois qu’on a de beaux couverts, on aimerait bien manger avec. Et manger, c’est sale, ça laisse des traces de gras ou de sang autour de la viande, cela suppose du vécu, de l’épaisseur. Trop souvent, les adaptations de comics se limitent aux couverts. On admire les fourchettes, mais on ne s’en sert pas ».

« Insuffler un peu de vie dans des costumes trop souvent vides »

« Le problème principal n’est pas que les réalisateurs ou les scénaristes soient fidèles ou non aux personnages, continue le blogueur, le problème vient du fait qu’ils ne s’en servent pas. Ils les exposent comme des statues de cire, sans jamais penser à insuffler un peu de vie dans leurs costumes trop souvent vides. Une adaptation, ou même une histoire originale, c’est une vision, ce n’est pas fait pour que tout le monde y adhère (et c’est même souvent en ne se préoccupant pas de « recettes » établies que l’on trouve l’adhésion). Je ne crois d’ailleurs pas que l’on puisse écrire en se posant sans cesse la question de savoir si l’on va plaire ou non. Les écrivains et les réalisateurs ne sont pas des publicitaires, il serait bon qu’ils s’en souviennent parfois ».
Dans les oeuvres à controverse, on peut aisément citer Wanted, Hellboy, 300, The Crow, 30 jours de nuit, From Hell, Hulk (d’Ang Lee)… « J’ai beaucoup d’affection pour celui-ci, qui est un film d’auteur, alors que j’ai trouvé celui de Leterrier assez pourri du point de vue de l’écriture » se souvient Jérémy Manesse. Sa méthode pour éviter la déception ? « Quand je vais voir un film tiré d’un comics, j’oublie l’oeuvre originale, c’est le meilleur moyen de passer un bon moment. »

Pour le plaisir, évoquons gratuitement les immondes Daredevil, qui pourtant bénéficiera d’un spin-off tout aussi mauvais : Elektra. Sans oublier Ghost Rider, dont une suite arrivera prochainement… La Ligue des Gentlemen Extra-Ordinaires, ou comment détruire un mythe du neuvième art, et même The Spirit, mis en scène par Frank Miller, auteur de comics et co-réalisateur du pourtant très réussi Sin City (de Robert Rodriguez). Ce dernier est un chef-d’oeuvre à tous points de vue : la photographie, le casting, le scénario, la réalisation et évidemment une fidélité hors pair aux tomes originaux de… Miller. Les adaptations « one-shot », dont seul un volume est à l’origine de l’histoire, ont un résultat souvent excellent : A History of Violence, V pour Vendetta et, surtout, Watchmen.

LE CAS WATCHMEN

Ce dernier, chef d’oeuvre d’Alan Moore, a été adapté à l’écran par Zack Snyder qui avait déjà réalisé 300, un comic de Frank Miller. Selon Neault, « Watchmen est une tentative vraiment honnête et plutôt réussie. On ne s’ennuie pas (ne pas emmerder son auditoire, c’est tout de même un critère important lorsque l’on raconte une histoire), les personnages sont respectés, les effets sont au service du récit et non l’inverse, et puis il se dégage quelque chose d’indéfinissable, dont personne n’a vraiment la recette, et qui fait que l’on a parfois des frissons de plaisir en étant embarqué dans un univers ».

De rares éléments ont été intelligemment modifiés pour le long-métrage et le résultat est tout bonnement excellent. Curieusement, Jérémy Manesse n’approuve pas à 100% ce film : « Watchmen est très fidèle, certes, mais le style de Snyder ne colle pas du tout à l’univers de la BD. Du coup, dès qu’il y a des scènes d’action, on s’ennuie, et l’ensemble est un peu trop esthétisant à mon goût ».

« Il suffit tout simplement de ne pas prendre le spectateur
(et accessoirement lecteur) pour un idiot »

Il ne faut pas se leurrer : ce qui poussent les producteurs à tenter l’aventure avec l’adaptation d’un comic, c’est avant tout le fric qui peut être engendrer. Peu se soucient de la possibilité de voir une œuvre cinématographique artistiquement réussie. « C’est une machine à fric, évidemment, mais comme tout ce qui est film à grand budget. Ça n’empêche pas la qualité. Moi, je continue à prendre du plaisir à voir les adaptations, et ça a le mérite de mettre en lumière ce médium » confie Manesse. Effectivement, « de nos jours, ce sont plutôt les considérations commerciales qui priment » ajoute Neault. Rien de bien nouveau donc, pas la peine d’engendrer un débat inutile là-dessus.

« Un film de super héros tiré d’un comic book peut être divertissant et intelligent ! »

Heureusement il existe des auteurs, comme Christopher Nolan, talentueux metteur en scène qui livre de véritables bijoux du septième art, lorsqu’on leur confie un personnage tel que Batman. Un scénario adulte qui montre qu’il suffit tout simplement de ne pas prendre le spectateur (et accessoirement lecteur) pour un idiot.

Le résultat est là : plus d’un milliard de dollars de recettes dans le monde, troisième plus gros démarrage de tous les temps aux États-Unis (derrière le troisième volet du Seigneur des Anneaux et Titanic) et on ne parle pas des ventes Blu-Ray/DVD. Oui, un film de super héros tiré d’un comic book peut être divertissant (n’est-ce pas là l’un des buts du cinéma après tout ?) et intelligent !
Un concept que souhaite Joss Whedon, auteur de comics et célèbre créateur de Buffy contre les Vampires, pour The Avengers, prévu pour l’année prochaine. Un long-métrage qui fera un carton quoi qu’il arrive : Iron Man, Hulk, Captain America et plein d’autres icônes Marvel réunies dans le même film. Seul hic, de l’aveu même du metteur en scène : « Je ne suis pas très doué à la réalisation ». Il n’est pas trop tard pour changer alors ! Dans un avenir proche, on ne voit que deux films comme valeurs sûres : The Dark Knight Rises, qui bouclera la trilogie de l’homme chauve-souris et le Wolverine revisité par Darren Aronofsky (The Wrestler, Black Swan, Requiem for a Dream), qui devrait faire oublier la fade réalisation de Gavin Hood.

■ Un article relativement long (plus de 10.000 signes), qui n’était pas si simple à écrire que ça en a l’air. Le sujet étant extrêmement vaste et ayant carte blanche, je souhaitais réaliser une sorte de « dossier » en trois parties (les bides, les succès, les projets), mais c’était finalement trop complexe à mettre en place.
Je ne savais pas trop comment angler mon papier, de plus la liste des adaptations est sans fin, le but n’était pas de citer tous les films et les critiquer. Et puis cela aurait était trop « déplacé » tant les avis sont subjectifs, ça n’aurait eu aucun intérêt.
Finalement les avis « d’expert » se sont imposés d’eux-mêmes, à la fois logiques, utiles et brillants. Je connaissais déjà Neault (je vous conseille et reconseille encore son blog, une mine d’or pour ceux qui découvrent ou lisent des comics régulièrement), je le savais franc et bavard, c’était l’idéal. Le travail de Jérémy Manesse n’est plus à prouver dans le monde des comics, cela faisait un autre interlocuteur tout aussi intéressant !
Du coup l’article est principalement composé de leur citations, mais ce n’est pas plus mal, « j’interviens » pour mieux rappeler tel ou tel film, redonner des infos, etc. Au final on lit presque un dialogue entre les deux, mais c’est passionnant !
Les deux entretiens (mêmes questions aux deux personnes) regorgent d’informations et d’avis extrêmement intéressants, mais malheureusement je ne pouvais pas tout mettre dans l’article… qui dresse, en fait, un bilan sans prétention des adaptations. Toutefois cette lecture est peut-être davantage réservée à un lectorat connaisseur et amateur des comics ? Je ne sais pas trop, j’attends vos avis ;-)
Pour terminer, je suis assez fier d’avoir été publié dans Brazil, cela faisait plus d’un an qu’un de mes articles n’avait pas été imprimé et sorti sur du « papier », c’est toujours agréable !
(Pour info : j’écrirai à nouveau pour le mensuel, peut-être pour cet été si tout va bien.)

Le numéro 38 de Brazil 2 – le cinéma sans concession($) sort dans les kiosques ce mercredi 23 février.

Brazil est un mensuel de cinéma indépendant, chaque rédacteur qui y travaille est libre d’écrire ce qu’il désire sur son sujet . Aucune obligation ou pression quelconque n’est imposée. Dis comme ça, ça peut paraître « normal », sauf que dans le milieu, c’est de plus en plus rare…

Vous trouverez dans ce nouveau numéro un de mes articles, sur les adaptations de comics au cinéma !

Thor débarque fin avril sur nos écrans, il sera suivi début juin de XMen : First Class, puis de Green Lantern en août. Les premières images issues des teasers ne sont guère rassurantes. Adapter un comic book au cinéma n’est pas chose aisée, nombreux s’y risquent et si, souvent, le résultat au box-office est positif, voire glorieux pour certains, la satisfaction d’un fan de l’œuvre originale ne l’est pas forcément. Encore moins lorsque ce même fan a un penchant cinéphile et aime une mise en scène soignée, un scénario brillant, un jeu d’acteurs parfait, une belle photographie, etc. Peut-être qu’un fan exige la perfection lorsqu’un réalisateur se tente à filmer les aventures de ses héros d’encre et de papier mais peut-être -sûrement- qu’il a raison. Deux experts en comics confient leur ressenti global sur les adaptations.

Pour lire la suite, achetez le magazine !

J’y évoque les adaptations honorables, les bides et les cultes, autour d’une double interview : celle de Neault, blogueur reconnu et critique de comics, et celle de Jérémy Manesse, traducteur de bandes dessinées qui officie chez Panini Comics.

Inception de Christopher Nolan

« Christopher Nolan est un Dieu », voici la première phrase qui vous vient à l’esprit à la fin d’Inception. Juste avant un : « Il faut que je le revois ! ».
Inception est complexe : un thriller fantastique, futuriste, riche, intelligent, dans lequel on plonge littéralement l’esprit pendant 2h30 non-stop, sans temps mort, sans ennui, sans frustration, avec un plaisir immense.
[Cet article ne contient aucun spoilers.]

Dom Cobb (DiCaprio) vole régulièrement des secrets, des idées, enfouis dans le subconscient ou la mémoire de quelqu’un, à travers ses rêves. Pour cela il s’introduit dedans et trouve ce qu’il cherche dans un labyrinthe de paradoxe temporel et gravitationnel. Sa nouvelle mission consiste non pas à récupérer une idée dans un rêve, mais en « insérer » une : faire en sorte que sa victime décide sciemment de faire un choix (politique et social), pour cela une seule méthode : l’inception ! Modifier le subconscient dans l’imaginaire, d’un rêve dans un autre rêve…

« Scénario parfait, mise en scène excellente, musique troublante,
effets-spéciaux réussi, casting sans défauts… »

Nolan prouve qu’il peut se surpasser, innover, produire et écrire (une histoire rédigée sans l’aide de son frère, Jonathan Nolan, ou d’un autre scénariste) un film original, fouillé, pas forcément évident aux premiers abords, et pourtant accessible pour peu qu’on soit concentré. Son scénario est parfait, tout simplement, et sa mise en scène est excellente. La musique, du fidèle Hans Zimmer est troublante, inquiétante, idéale ! Et les effets-spéciaux criant de réalisme. Que demander de plus ?

Le casting cinq étoiles ne possède aucun défaut : Leonardo DiCaprio, le voleur en proie à des démons intérieurs, Joseph Gordon-Levitt, l’organisateur à la grande classe, Ken Watanabe, l’homme riche et puissant, sont impeccables. Tom Hardy, vu dans le terrible Bronson assure la partie cool et comique du film avec brio, Marion Cotillard, mystérieuse et élégante ne fait pas tellement tâche bien au contraire et Ellen Page (Juno), l’architecte du monde des rêves insuffle toute la légèreté adolescente, naïve et féminine qui fait son charme, sans elle Inception serait bien « lourd » avec tous ces mecs ! Enfin, deux habitués des films de Nolan : Cillian Murphy (Le Vent se lève) qui, malgré un rôle secondaire, brille par son charisme, et pour finir Michael Caine, toujours aussi bon dans un court passage.

« Inception est une sorte de fusion des anciens films de Nolan,
l’aboutissement de ses créations, déjà sublimes »

Inception fait indubitablement penser à Matrix (pour la partie monde réel/imaginaire), à Shutter Island (pour le rôle de DiCaprio, ses conflits intérieurs et la musique), Mission : Impossible et James Bond (pour le côté espionnage/action) mais surtout, il rappelle les autres films de Nolan : Memento, Dark Knight, Le Prestige… comme si Inception était la fusion de tout ça, l’aboutissement de ses créations, déjà sublimes. Chapeau l’artiste ! Le pire, c’est qu’une fois sorti de la salle, on se dit que Nolan, ce réalisateur, ce génie, est capable de réussir un Batman 3 supérieur à The Dark Knight !

NB : A voir en ImaX si possible ! D’ailleurs, l’avenir du cinéma ne sera pas en 3D, mais plutôt en ImaX 3D, mais ceci est un autre débat…

■ Vu en avant-première privée en Imax une petite semaine avant sa sortie, je suis ressorti complètement chamboulé en ayant vu Inception. Cette critique est très simple, très soft, car je ne voulais pas en dire trop, éviter de spoiler ce chef d’œuvre aux Internautes. J’écrirai sans doute un article beaucoup plus détaillé et complexe quand j’aurais le DVD ! Oubliez la promo axée sur l’action sur « la scène du crime », tout ça c’est pipo et n’a pas grand chose à voir avec le film, qui est également très émouvant.  En trois jours aux États-Unis, le film a déjà engrangé 60,4 millions de dollars de recettes ! Avec une fin ouverte, une suite est possible (plus d’infos ici), bonne idée ?

Batman – The Dark Knight

Le film le plus attendu de 2008 est bel et bien LE film de l’année. The Dark Knight de Christopher Nolan pulvérise tous les records de fréquentation et devient le meilleur Batman adapté au cinéma à ce jour. Tous les ingrédients sont parfaitement dosés : action, réflexion, musique, scénario, mise en scène… Le long-métrage a toutefois quelques défauts, des incohérences notamment – très mineurs – qui n’empêchent pas cette suite de Batman Begins de devenir un film culte.

Un des intérêts de The Dark Knight, bien avant sa sortie, est le mystère qui entourait la prestation de Heath Ledger. L’acteur star de Brockeback Montain est décédé en début d’année, âgé de 28 ans, d’une surdose de médicaments. Certains attribuent cela à un suicide suite au rôle terrifiant qu’il a tenu les mois précédents, d’autres à un simple accident, quoiqu’il en soit, ce drame mystifiait les rumeurs circulant sur le film. « Époustouflant, terrifiant, incroyable, monumental », le casting y allait fort sur les éloges et il avait parfaitement raison. Le Joker version Nolan est foutrement flippant, tout comme l’autre motivation (moins attendue certes) qui nous excitait d’avance, le visage de Double Face, tout bonnement glaçant et très réaliste. Mais le film ne repose pas uniquement sur Ledger, beaucoup d’autres éléments font de The Dark Knight un des meilleurs film de tout les temps.

The Dark Knight s’ouvre sur un hold-up orchestré avec brio par le Joker, ce qui permet au spectateur de voir, non pas sa folie mais son génie. Génie que l’on verra pendant 2h30, car loin de faire un Joker dandy et foufou (cf. Nicholson), Nolan met en scène un Joker très sérieux, manipulateur et impressionnant. Cette vision s’approche davantage de celles des comics. Par ailleurs, The Dark Knight n’est pas l’adaptation de la géniale BD de Frank Miller. Même si la dualité obsessionnelle Joker / Batman est très présente (le Joker ferait-il ses actes de violence si Batman n’était pas là ?), le film offre une autre histoire, originale et réussie. Après ce braquage, Nolan vient clore le chapitre sur l’Épouvantail, laissé en suspens à la fin de Batman Begins. On peut regretter le trop peu de temps à l’écran de Cillian Murphy en épouvantail, toujours aussi efficace, juste dans son expression haineuse et ironique face à Batman, qui ne dure que quelques secondes.

Nous découvrons petit à petit les personnages qui vont devenir les pions du Joker, jusqu’au bout du film. Parmi les anciens, il y a évidemment Batman / Bruce Wayne, qui est de plus en plus en proie à des doutes existentiels concernant sa double identité. Doit-il raccrocher ? Laisser sa place à un « vrai » justicier, sous-entendu qui agit par voie légale et juridique ? Christian Bale est toujours bon dans son rôle, pas forcément exceptionnel non plus. L’acteur est effacé par la performance de ses deux rivaux, ce qui a fait du tort à tous les films de Batman jusqu’ici. Aussi bien Bruce que Batman dans Batman Begins, la répartition était nickel, ici on le voit trop peu en Bruce, peut-être trop en Batman ? Quoiqu’il en soit, l’homme reste tiraillé entre sa douce bien aimée, Rachel, et son rôle de justicier, sur ce point Bale sait parfaitement jouer cette douleur. Gary Oldman endosse son imper de lieutenant, puis de commissaire, Gordon. C’est le véritable troisième homme du film après Le Joker, Harvey Dent et avant Batman. Le plus humain aussi, peut-être le plus touchant. Michael Caine et Morgan Freeman continuent d’interpréter respectivement le majordome Alfred et Lucius Fox, deux alliés de Bruce / Batman. Ils apportent au film cette espèce de sagesse humoristique obligatoire grâce à quelques blagues valsées ici et là. L’équilibre adéquat face à la violence et au ton sérieux du film.

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Batman – The Dark Knight | Bande-annonce (vo)

Parmi les nouveaux, il y a donc le Joker, incroyable, effroyable, épouvantable Joker. Heath Ledger est monumental on ne cessera de le répéter, il est aussi bien dirigé mais il habite ce méchant mythique. Aaron Eckhart, c’est aussi lui la surprise de The Dark Knight, situé entre les principaux triangles relationnels du film (Gordon-Batman-Dent, Bruce-Rachel-Dent, Joker-Batman-Double Face), son talent suprême crève l’écran. Tour à tour « gentil », puis dans le doute, la rage, il devient définitivement « méchant » une fois devenu Double Face. Rachel Dawnes est cette fois campée par Maggie Gylenhaal, ce qui est plutôt une bonne idée de départ, finalement elle sera correcte. Son charisme habituel ne sort pas franchement ici, on ne lui en donne pas vraiment l’occasion non plus. Elle n’est pas pire que Katie Holmes de toute façon. Les autres rôles (mafioso, flics, maire de Gotham City) sont tous très bien choisis, en particulier Joshua Harto, qui découvre l’identité de Bruce Wayne.

Et après ? Outre ce casting de choc, qu’est ce qu’il y a dans The Dark Knight ? Il y a un scénario béton. Que l’on peut – en gros – résumer à cela : Batman, Gordon et Dent s’associent et réussissent à arrêter plusieurs criminels dans Gotham City, mais le Joker se met sur leur route, assoiffé de sa folie et voulant conquérir la ville. C’est cette quête qui s’avère très intéressante, car le Joker, fin manipulateur, prévoit tout et tout est précieusement calculé. Ce film n’est pas sur Batman mais sur lui (et Dent), et à cela on peut dire que le Joker croisera la route des conflits sentimentaux entre Bruce, Rachel et Harvey au cours d’une soirée gala. Il sera même responsable d’un drame dans la famille Gordon. Et il deviendra le créateur de Double Face, tout en étant petit à petit à la tête de la pègre et des mafiosos. Le mal créateur de mal contre le bien en proie avec son idéologie, sublime ! Mais ce sixième Batman est aussi le film de Dent, le bien et son évolution en mal, dont on suit la logique évolution. Son ascension puis sa chute, là où Heath Ledger interprète le mal absolu, Aaron Eckhart doit lui jouer le « gentil » puis le « vilain » un défi qu’il emporte largement.

Certains scènes du film ont été tournées en IMAX, malheureusement en France, il sera difficile de voir The Dark Knight dans ce format. La musique est assurée, une fois encore, par Hans Zimmer. Nolan a la brillante idée de coupler le Joker à un thème oppressant. Une composition glaçante, que l’on entend à chaque scène avant qu’il n’intervienne, ce qui permet d’anticiper ses apparitions et de devenir complice de ce qui ce trame. La grande poursuite qui a lieu au milieu du film est filmé sans musique, cela accentue le côté réaliste auquel le réalisateur nous adapte depuis Batman Begins. Ce sera donc uniquement des bruits sonores, de métal rayé, de coups de feu et de cris, qui chatouilleront nos oreilles et nous enlèveront immédiatement le côté blockbuster commercial. Même idée lors de la très violente scène de l’interrogatoire et celle du crayon !

Les faiblesses de Nolan sur Batman Begins étaient essentiellement ses scènes d’action, pas forcément bien filmées. Ici le réalisateur a grandement amélioré ce point. Au-delà de montrer des plans aériens très impressionnants (immeubles, défilé, mission à Hong Kong…), Nolan se focalise sur les dialogues entre deux, trois ou quatre personnages en tournant autour des protagonistes et en se rapprochant d’eux au fur et à mesure (Batman, Dent et Gordon sur le toit du commissariat, Rachel et le Joker lors de la soirée…) ce qui accentue la tension. Il est par ailleurs difficile d’identifier Gotham City qui ressemble franchement à New York. À cela on qualifiera le film de « post 11 septembre », mais pour une fois c’est vraiment justifié, il plane plusieurs menaces sur la ville (le Joker, souvent appellé « le terroriste » qui envoit des vidéos de ses otages, la mafia, les flics corrompus…) qui accroissent la peur des habitants. Car ce sont eux aussi les acteurs de The Dark Knight puisque le Joker ira jusqu’à les « utiliser » dans la scène finale. Son combat contre Batman passe par tout le monde, tout le monde est son complice et sa victime. C’est la ville entière qu’il met à feu et à sang. Et c’est cette même population qui a peur, qui a besoin de soutien politique (Harvey Dent) et de sécurité policière efficace (Gordon).

Et on pourrait continuer longtemps à faire des éloges sur le film, à la fois thriller politique, film d’action violent et noir et grand drame acidulé. Hommage aux films comme Heat et autres polars cultes ? The Dark Knight est la meilleure adaptation de comics à ce jour (avec Spider Man et Iron Man ?). Exit les Batman freaks (mais géniaux) de Burton, les Batman gays (mais drôles) de Schumacher, non les Batman de Nolan sont foutrement bien ancrés dans le réel et leur naturalisme jouissif fout les jetons ! The Dark Knight est plus qu’un film de super-héros, il devient un mélange de tout ce qu’on ne pouvait pas imaginer et devient le meilleur film de l’année, culte et terriblement efficace. À la sortie de la salle on a du mal à s’en remettre tellement ce long-métrage est monumental. Nolan a réussit son pari ! Espérons qu’une version longue Director’s Cut sortira en DVD dans 6 mois pour prolonger le plaisir !

La grande question maintenant est : quel méchant dans le prochain Batman ? Nolan pourrait-il avoir le culot de prendre un autre acteur pour interpréter le Joker ? Les premières rumeurs annoncent Angelina Jolie, qui demanderait au réalisateur d’interpréter Catwoman dans son prochain bat-film ! L’homme-mystère est lui aussi évoqué, peut-être joué par Johnny Depp ou Joshua Harto qui a déjà opéré discrètement dans Dark Knight ? Ou bien le retour de Double Face, Rhas Al Guhl et l’Épouvantail ? Nolan a toujours dit vouloir exploiter des méchants pas encore vus à l’écran, exit donc le pingouin, Mr Freeze, Poison Ivy et Bane ? Reste donc juste le Chapelier Fou et quelques autres peu « connus » du grand public. L’excitation recommence !!

De nombreux sites Internet (une cinquantaine !) ont été créé pour le film, avant sa sortie, ils sont listés ici. parmi les plus célèbres il y a le site du Joker (Why so serious ?) et le site d’Harvey Dent (I believe in Harvey Dent). De nombreux autres sites, qui ne servent à rien comme la société de Taxi de Gotham City ou une Pizzeria, sont hackés par le Joker, qui passe par dessus avec son crayon et son fou rire !

■ À propos de cet article : Contrairement à l’article sur Saez qui a été travaillé, relu, remâché et réécrit plusieurs fois de ma part avant d’en être satisfait, celui-ci a été écrit en deux fois (en deux « jets ») et presque aussitôt publié, toujours sur viparea.cc, sorte de grand forum. Je ne l’ai relu qu’une fois, j’y ai apporté uniquement quelques modifications mineures et une correctrice a corrigé les p’tites fautes. Mais paradoxalement je ne le trouve pas bâclé, j’étais « inspiré » tout simplement. Ça arrive des fois, on écrit un truc et on ne le retouche pas, satisfait de ce qui en est sorti. Ou à l’inverse on écrit un truc et on le retouche tout le temps, jusqu’à en être satisfait. Bref si j’ai écrit cet article un peu « rapidement » c’est pour qu’il reste collé à l’actualité (le film est toujours en salle). J’aurais pu faire une analyse plus détaillée et poussée du film, mais ce n’était pas le but. Je voulais surtout faire un « beau » texte de présentation. Au final, je ne suis pas sûr d’avoir vraiment réussi, je reste partagé sur cet article, content de l’ensemble, mais je me dis (comme trop souvent) « je peux mieux faire ». Quand j’aurai le DVD, j’écrirai sans doute un autre article « mieux » en expliquant d’autres éléments du film que je n’ai pu aborder ici (les couleurs chaudes/froides, la dualité Joker/Batman), etc… Quoiqu’il en soit, ce film est une tuerie, allez le voir ! Et en version originale évidemment !